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Le quatrième homme L’homme dans la vitrine 96°

Interview de Kjell Ola Dahl

par Bernard Strainchamps
traduction Delphine Cingal
Mise en ligne le Août 2007 | 687 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

« Je suis tout particulièrement passionné de roman policier. Je me demande aussi, et ce plusieurs fois par jour, pourquoi j’aime écrire ce genre de littérature. Je crois que la réponse est que j’aime les histoires, les péripéties qui arrivent aux gens. »


La quatrième de couverture de « L’homme dans la vitrine » vous présente comme un écrivain qui délaisse parfois l’écriture pour s’occuper des champs. Pourriez-vous en quelques mots nous dire qui vous êtes ? Y-a-t-il un rapport entre ces deux activités ?

La présentation en couverture n’est pas tout à fait exacte. Je suis écrivain professionnel depuis plusieurs années. J’ai publié mon premier ouvrage en Norvège en 1993. A l’origine, je menai de front l’écriture et un emploi d’enseignant dans le secondaire (pour des élèves entre 16 et 19 ans.) Depuis plusieurs années, je peux vivre de ma plume. J’ai publié divers types d’ouvrages : des romans, des nouvelles, des récits de voyage, des documentaires, des feuilletons télévisés et, en ce moment, je travaille sur un scénario avec un réalisateur. Hors de Norvège, ce qui marche le mieux, ce sont les histoires de Gunnarstranda. Et je suis ravi de voir que le public grossit d’année en année. En octobre sort le prochain roman avec Gunnarstranda, L’ange noir.

Le commissaire Gunnarstranda boit du whisky sans doute pour oublier la médiocrité humaine. Des enquêteurs avec des failles et des incertitudes, n’est-ce pas une marque de fabrique des auteurs des pays nordiques ?

Je ne peux parler que pour moi. Quand je commence à travailler sur un roman, j’insiste particulièrement sur les personnages. Ce qui m’intéresse, c’est leur histoire, leur façon de parler, leur réaction face à certains événements, leurs raisons pour leurs actions. Je pense que lorsque nous agissons dans la vie, nous faisons des choix, en fonction des situations. Choisir et agir, tout cela a des conséquences et les personnages, tout comme nous, doivent y faire face. Pour moi, Gunnarstranda est très intéressant. Dans chaque roman, j’en apprends plus sur lui. Je ne pense pas qu’il ait un problème d’alcoolisme, mais je sais qu’il préfère le malt.

Vos personnages ont l’air d’avoir des difficultés à vivre ou au moins ont des relations avec les autres complexes. Que pensez-vous de la famille ?

Je pense que la vie familiale change. Vivre en Norvège signifie vivre dans un pays qui a radicalement changé la cellule familiale depuis 50 ans. La libération féministe, les changement législatifs qui assurent à chacun (homme ou femme) de pouvoir accéder à la meilleure éducation et aux meilleurs emplois, tout cela a eu des conséquences sur les rôles masculins et féminins dans la vie. Des tâches qui incombaient traditionnellement aux femmes sont à présent du ressort des hommes, et vice-versa. Je pense qu’un tel bouleversement des structures de la famille et de la société est un challenge, tant pour les citoyens que pour la société. Certains changements sont bons, d’autres moins. Mon intérêt est de voir comment mes personnages s’en sortent.

Quand j’étais enseignant, j’ai appris que certaines tâches qui incombaient d’ordinaire aux familles (comme apprendre aux enfants à agir dans certaines situations) retombaient à présent sur l’école. Mais comme je l’ai dit, ce qui m’intéresse en tant qu’écrivain est comment la société et certaines situations ont des répercutions sur les personnages et comment ceux-ci se battent pour avoir leur place dans la vie.

« L’homme dans la vitrine » commence par la dernière journée de Reidar Folke Jespersen, que l’on retrouvera ensuite assassiné dans la vitrine de son magasin d’antiquité. Vous avez bien dû vous régaler en écrivant ce prologue ?

Je suis tout particulièrement passionné de roman policier. Je me demande aussi, et ce plusieurs fois par jour, pourquoi j’aime écrire ce genre de littérature. Je crois que la réponse est que j’aime les histoires, les péripéties qui arrivent aux gens. L’homme dans la vitrine est celle de Reidar Folke Jespersen. Et comme beaucoup de gens influencés par la pensée freudienne, je pense que nos actions aujourd’hui sont liées à ce que nous avons fait dans le passé. Donc la réponse est oui : je me délecte dans ce genre de récit.

Votre roman se lit d’une traite. Pourriez-nous vous dire en quelques mots comment vous avez construit cette intrigue ?

Quand j’ai écrit ce roman, j’ai voulu créer une atmosphère qui ressemblât aux anciens récits policiers britanniques. Bref, un univers clos : cet homme, ses frères, sa femme, son fils, sa belle-fille, etc. Je voulais que Gunnarstranda soit un voyeur (ce qui est très britannique et qui fait un bon bouquin si l’on s’y prend correctement.) Comme je l’ai dit, j’aime varier la manière de faire des romans, ce qui dynamise aussi les enquêteurs.

Dans L’Homme dans la vitrine, j’ai structuré l’intrigue de manière à ce que le lecteur ait une petite avance dans le récit. Comme il a vécu le dernier jour de Reidar Folke Jespersen (ce qui n’est pas le cas de Gunnarstranda), il en sait plus que ce dernier. Je crois que cela provoque plus de suspense pour le lecteur et cela me permet à moi, en tant qu’écrivain, de jouer tant avec le lecteur qu’avec le détective.

Le roman policier est-il le bon média pour pointer la responsabilité de certains norvégiens durant la dernière guerre ?

Je ne pense pas. Je pense que la deuxième guerre mondiale est un héritage unique. Il y a des milliers d’histoires derrière, pleines d’action, d’émotion, d’excitation. Je pense qu’on peut les écrire de bien des façons.

Le pari est de les trouver et de les créer.


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