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Buzz Aldrin, mais où donc es-tu passé ?

Interview de Johan Harstad

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Décembre 2009 | 433 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

JPG - 64.1 ko
Harstad, Johan_self portrait

Avez-vous collectionné des documents sur Buzz Aldrin ?

Oui, j’ai collecté une vaste somme de documents, livres, reportages, films et documentaires à propos d’Aldrin et de l’alunissage lors de mes recherches pour le livre. Il y a deux ans, j’ai tout envoyé au réalisateur de la série télé basée sur mon livre, dont le tournage venait juste de s’achever. En fait, j’étais plutôt content de me débarrasser de tout ça, cela me permettait de repartir de zéro pour mon projet suivant (un roman qui a été publié en 2007). La seule chose que j’ai gardée parmi les documents amassés pour Buzz Aldrin est le guide de voyage mentionné dans le roman, et mes carnets de notes. À part ça, tout est parti.

Mattias est un cas dans notre société où tout le monde veut passer devant les autres. Je suppose qu’il déclenche des réactions très variées dans votre lectorat, non ?

Pas vraiment. Je pense que la plupart des gens l’ont considéré comme une sorte de héros, à côté de tout ce battage autour des célébrités, des gens obsédés par la gloire, des shows télévisés "découvreurs de talents".

Pourquoi avez-vous transformé Mattias en jardinier ?

Je voulais qu’il ait un boulot facile et tranquille, comme en retrait par rapport à la société. J’imagine qu’être jardinier est un métier apaisant, qui vous laisse du temps pour penser et réfléchir. De plus, le jardinier est une personne que bien souvent on ne voit pas, alors que lui fait sorte que vous ayez toujours des fleurs pour les anniversaires, vos visites à l’hôpital, les mariages, les funérailles…

J’ai apprécié votre écriture dès les premières lignes de votre roman. Visiblement, vous aimez plus les virgules que les points. Comme Mattias qui laisse le public sans voix quand il chante – toutefois rarement -, cherchez-vous à emporter le lecteur par votre prose ?

Le point est un signe très dur, la virgule est tellement plus musicale, donc oui, j’ai tendance à beaucoup l’utiliser. La ponctuation est probablement un peu différente dans le texte traduit en français, certainement à cause des différences de syntaxe et de langue en général, mais mon excellent traducteur, Jean-Baptiste Coursaud, a formidablement retravaillé le texte, le faisant parfois couler avec plus de fluidité que l’original. Quand j’écris, le rythme, le flot, la musicalité sont importants pour moi, et ne peuvent pas être dissociés du texte. J’écoute toujours de la musique quand j’écris et ça m’influence beaucoup. Donc oui, je veux que le lecteur soit emporté, chamboulé, subitement déséquilibré pour mieux le laisser retomber sur ses pieds à la fin.

Conseillez-vous un séjour aux Iles Féroé à ceux qui n’en peuvent plus de ce monde ?

Non, pas vraiment. Les îles Féroés sont évidemment un endroit de ce monde, alors vous pouvez vous retrouver coincé là-bas comme ailleurs, j’en ai peur.

Je schématise. Carl assiste à une pêche particulièrement sanglante de dauphins dans un fjord des Iles Féroé. Cela déclenche une crise chez lui. A l’issue de celle-ci, il se confie à Mattias et lui raconte le génocide de Srebrenica. Excusez cette question caricaturale : mettez-vous sur le même plan ces deux massacres ?

Non, je n’essaie pas de comparer l’horrible génocide de Srebrenica à un massacre de dauphins. Simplement, devant le spectacle de ce carnage, de la chair ouverte de ces dauphins, Carl se rappelle ce qu’il a vu à Srebrenica et la porte de sa mémoire s’ouvre à nouveau. C’est un exemple classique de stress post-traumatique, quand une situation apparemment ordinaire fait ressurgir des souvenirs traumatisants et force le sujet à revivre son expérience. Le massacre de Srebrenica fut un épouvantable crime contre l’humanité, commis au nom d’une saloperie de politique, alors que la chasse aux dauphins, qu’on l’approuve ou pas, n’a qu’un but alimentaire, sans aucune intention politique ou économique.

Écrire des romans n’est-ce pas comme planter des arbres dans les Iles Féroé ?

Eh bien, à un certain niveau, ça l’est. Je veux dire par là que quand on écrit un roman, on est un peu dans la peau de Sisyphe dans la mesure où, quand on travaille dessus, on pense que ça sera l’Å“uvre définitive, qu’on tient vraiment le bon bout. Seulement, juste après avoir terminé, on comprend qu’on est passé à côté, et donc on commence à écrire un autre livre. Mais contrairement à Sisyphe et au processus de plantation des arbres aux Féroé, on se sent très excité en travaillant, en poussant à nouveau le rocher en haut de la colline. Et j’ai toujours pensé que les livres, et l’art en général, contribuent à rendre le monde un petit peu meilleur, alors que planter des arbres au beau milieu de l’océan Atlantique, ça, c’est un combat perdu d’avance.


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