|
Newsletters |
|
ACCUEIL
|
NOUVEAUTÉS
|
GUIDES
|
INTERVIEWS
|
LECTURES
|
SUR LE WEB
|
CONSEILS
|
NUMERIQUES
|
|
envoyer par mail à un amiréalisée en avril 2005 par courrier électronique.
Que signifie pour toi écrire de la fiction ?
Prendre des vacances ! Je suis certes rock-critic,
comme on dit pour faire le beau, depuis plus d’un quart de siècle (Best,
Libération, Nineteen... et Les Inrockuptibles depuis toujours) par goûts
de l’écriture et de la musique conjugués. Mais il faut bien avouer que peu
de nouvelles productions me motivent encore aujourd’hui. N’ayant aucune
envie de jouer au jeune, je n’en fais qu’à ma tête de vieux, et donc pas
lourd. Il y aura toujours des gamins électrocutés pour venir nous
bousculer les rhumatismes (ces White Stripes, Dollhouse, Blue Van...) ou
matière à dépoussiérer le passé (rééditions récentes des Thugs, Clash,
Sonics, Dr.Feelgood...), mais plus de quoi épiloguer. Je n’y ai pas
particulièrement réfléchi, mais je pense que la fiction est venue combler
un manque. Des nouvelles d’abord, pour L’Ours Polar, Ligne Noire, Le
Nouvel Obs’, Mauvais Genres, puis ce roman chez Autrement. Et puis
raconter des histoires, vivre autre chose par procuration, s’inventer un
décor ou simplement gueuler quand on en a gros sur la patate : c’est
super. C’est un luxe même. Après, bon, je ne suis pas un grand ciseleur de
fictions, mais je sais par contre en tant que lecteur quand un texte est
présentable et quand il ne l’est pas. Je pense sincèrement que Terminus,
plage de Boisvinet est fréquentable...
Ce texte, l’as-tu écrit spécialement pour la collection Noir urbain ?
En fait, il était presque terminé lorsque Marc Villard
m’a envoyé son Petite mort sortie Rambuteau qui inaugurait la série. J’ai
pensé que Terminus collait assez bien aux préceptes ethnographiques de la
collection, et je l’ai fait parvenir à Claude Mesplède qui m’a très vite
répondu. Travailler avec Claude a été un des grands moments de mon
existence. J’ai l’air de déconner, mais pour le lecteur invétéré que je
suis ça représente franchement quelque chose. En plus, Noir Urbain
bichonne bien les textes. Entre les photos de Stéphanie Léonard et une
mise en page assez classe, les textes courts s’en sortent avec les
honneurs.
Punk / polar, même combat ? Y-a-t-il des parallèles possibles entre ces
deux genres ?
Un parallèle est effectivement évident entre ces deux
cultures de la marge, hélas jusque dans leurs dérives de droite parfois...
Trêve de plaisanteries brunes, et pour ne parler que des familles qui nous
intéressent (et il est important de parler ici de familles, non de
produits), il existe un réel tronc commun de rébellion, de liberté, de
conscience de classe même, entre les deux genres. A l’instar du London’s
Burning de Clash, Hervé Le Corre aurait pu intituler son immense dernier
roman Paris’ Burning. A la fois poétique et brut de décoffrage, le rock
vrai, celui qui parle, a autant de mal à s’imposer chez les disquaires que
les bon polars chez les libraires. La pensée serait-elle considérée
désormais comme dangereuse ? Oui, bien sûr, et heureusement, la subversion
puise depuis toujours sa force dans l’adversité. Autre chose, un peu plus
personnelle, je déteste l’Art avec des majuscules partout et des
prétentions à la noix : à jamais je préfèrerai Jean-Bernard Pouy, Marc
Villard, Clash, Edward Hopper, Lautréamont, Russ Meyer, Gun Club, Patrick
McGoohan, Bad religion, Cesare Battisti...
La vie de galérien, la poste, mais aussi la grand-mère, la maison de
Vendée… on sent que tu n’a pas été chercher très loin ton inspiration…
A quarante-six ans ma vie de galérien est un peu loin,
et surtout elle date d’une époque où l’on pouvait très vite retomber sur
ses pieds. Moi, en l’occurrence, c’est La Poste qui m’a tendu une écuelle
dans laquelle effectivement je n’ai pas craché. Rien de merveilleux, rien
de bien mortel non plus, et surtout un peu de temps pour vivre et écrire Ã
côté. Ce qui m’inquiète et que je raconte dans le bouquin, c’est ce manque
de droits à la dérive, à la déconne, à l’expérience, à la simple
différence même, laissé aux gosses d’aujourd’hui. La moindre erreur, le
moindre infime écart, se paient cash sur le trottoir, juste avant le
caniveau. Sinon, je viens d’une famille de profs parisiens plutôt cool.
C’est sûr que ça pousse plus à écrire qu’à devenir VRP. Et pour couronner
l’affaire : je suis cadre depuis pas mal d’années maintenant. Je ne parle
donc pas vraiment de moi dans le bouquin, mais de mecs que je croise ou
qui m’entourent et dont l’horizon n’est pas mirobolant. Je n’y avais pas
pensé auparavant mais le livre pourrait se résumer à “cette époque tue
même l’amour”.
Nous vivons effectivement une époque de consommation effrénée et du tout
jetable. Ne sommes-nous pas tous des prostituées consentantes ?
Prostituées consentantes : j’aime bien cette expression
qui est loin d’être un pléonasme. Mais ne nous leurrons pas, nous avons
tous quelque chose à vendre. Nous sommes tous des putes en somme. C’est
hélas les armes qui diffèrent. Et notre petit commerce artisanal, rock et
polar confondus, n’a plus aucune chance aujourd’hui face à la prostitution
industrielle des télévisions, de la publicité... Ceci dit : la société de
consommation a aussi du bon. Il nous faut juste trier ce qu’elle nous
propose et ce qu’elle nous impose. Et de toutes façons, soyons réaliste,
elle aura toujours le (la position du) dessus au bout du compte. Bref,
nous nous faisons niquer. Alors autant y mettre le plaisir. And fuck them
all...