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Interview de Jean-Bernard Pouy

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Octobre 2008 | 1362 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

À l’origine de Récup’, il y a quoi : une commande soutien à Fayard noir, une idée, un personnage, une envie de dire, Richard Stark, Lee Marvin... ?

Au départ, il y a certainement une envie de faire savoir la grandeur et la particularité de ce film noir qu’est “POINT BLANK”. Film d’une grande acuité et récit sur la valeur. Celle de l’argent. Celle du contrat. Celle de la parole donnée. Stark règle le problème comme d’habitude, avec une grande violence. Je voulais gommer un peu cette dernière, en y amenant la tendresse complexe du quotidien et de la solitude. Ensuite, il y avait le désir de voir ce qu’un homme seul, buté, chanceux peut faire contre l’ignominie constante du monde. Puis l’envie de traiter un personnage quasi paranoïaque, qui ne voit pas trop loin, qui analyse imparfaitement les tout petits évènements qui lui arrivent, sans se douter qu’il puisse être ce fameux “grain de sable”, que l’on dépeint souvent comme grippant la machine.
Quant à Fayard, c’est, bien sûr, par amitié constante pour Patrick Raynal.

Loulou, l’anar, il ne pourrait pas nous faire sauter définitivement ce système financier ?

Il n’y pense pas vraiment, au départ. C’est un artisan. Il ne recherche aucun pouvoir. Il est, d’une certaine façon, désintéressé (si l’on ose dire…). Il veut simplement faire bien son boulot et surtout le mener à bout. Il ne comprend simplement pas pourquoi les autres ne sont pas comme lui. Mais, petit à petit, il s’aperçoit, un peu à ses dépens, de la réalité de la “théorie” du battement de l’aile d’un papillon, qui, longtemps après, vingt mille kilomètres plus loin, génère un ouragan (sur les ÃŽles Caïman ?). Une dizaine de milliers de gens comme lui pourrait faire péter le système. Un millier de “traders” y arrive bien, lui…

Loulou est abandonné sur les quais de Chamarande shooté à mort. Toi, tu carbures à quoi ? Qu’est-ce qui nourrit cette écriture effervescente ?

D’abord le plaisir. Celui de raconter des histoires. Des histoires qui, à l’intérieur d’une contrainte sévère (les cadres du polar), tentent d’aller un peu au-delà. Être auteur, c’est ne pas avoir de patron, pas d’heures de taf et être payé pour les conneries qu’on invente.
Cela dit, tout ce qui est liquide, solide et gazeux est le bienvenu.

Il existe encore des gens qui pensent que le polar, c’est pour les sans bulbes qui ont besoin de suspense pour tourner les pages. Pourquoi apprécies-tu ce genre ?

Parce que c’est du roman réaliste contemporain qui remplace, peu ou prou, ce qu’écrivait Zola en son temps. C’est un genre qui permet la critique sociale, le regard sur l’époque, tout en acceptant la stylistique. Il y a de tout dans le polar, et pas seulement des flics et de la viande au plafond. On peut y trouver de la dérision et de l’humour, de l’idéologie politique et des recettes de cuisine, des amours à faire pleurer (ou rêver) et, surtout, des détails ethnographiques de première bourre.

Comment composes-tu ta prose. D’un jet ? Tu retravailles ?

Rapidement (pour qu’il y reste un peu d’énergie). D’un jet (après avoir grosso modo planifié l’histoire). En phase (parce que c’est l’écriture et la rédaction qui amène, toute seule, comme une grande, la symbolique, les métaphores, le rythme, et surtout le ton.
En plus, je préfère produire beaucoup que peaufiner longtemps. Plus balzacien que flaubertiste, en somme.

Poulpe, Série grise, Suite noire. Tu nous concoctes quoi à présent ?

Le retour du feuilleton. Vive Balzac.


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