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Un jour, tu as mal mangé dans un restaurant chinois, et tu as décidé que tu te vengerais dans un roman policier. Le festin d’Alice en est le résultat, n’est-ce pas ?
Pas du tout ! J’aime bien la cuisine chinoise, plus encore la vietnamienne qu’il m’arrive d’aller savourer à Belleville, précisément. Je ne suis jamais allé voir dans les cuisines et ça ne me trouble pas !
Mais j’ai vu un jour un reportage sur ces fameux « appartement-ravioli » Considérant la médiocrité de l’enjeu, le déploiement de force policier et le sérieux absolu des fonctionnaires impliqués m’a fait hurler de rire.
Alice, c’est la version Colin Thibert de la femme fatale ?
Oui, si on veut. En fait, dans mon dernier roman, Cahin-chaos, l’héroïne était d’une laideur exceptionnelle. J’ai voulu prendre le contrepied dans celui-là . Et m’amuser avec cette idée que la beauté ne fait pas forcément de bonheur…
Comment écrit-on une histoire horrible qui met en scène des cannibales et qui reste pourtant très très agréable à lire ?
Ça, je ne sais pas. Ça me vient naturellement. C’est simplement le recul, je pense. Je ne prends rien de tout cela très au sérieux et le lecteur est dans la connivence.
Donner vie, mettre en scène de très nombreux personnages, c’est le plaisir de Colin Thibert, ta motivation à écrire ?
Oh que oui ! Un roman, pour moi, c’est un peu comme un orchestre symphonique : il y a du monde sur scène et chacun doit avoir quelque chose à jouer ; même le gars qui ne fait que trois notes au triangle doit être caractérisé. C’est un vrai plaisir pour l’auteur. Dans un roman qui n’a jamais été publié – ce qui suit explique peut-être pourquoi ! - ma femme avait dénombré 118 personnages. Moi, je n’avais pas fait le compte, mais je les connaissais tous.
Lorsque Aurélien Masson a repris la direction de la Série Noire, il m’a dit : « Pas trop de personnages ». Me voilà donc chez Fayard.
Tu t’es fait connaitre en publiant 3 romans à la Série noire en moins d’un an en 2002-3. Depuis, tu as très peu publié. Que s’est-il passé ?
Le second roman était déjà en route quand le premier est sorti. Tout a été très vite… Ensuite, j’ai été désorienté d’avoir perdu mon éditeur, j’ai perdu du temps, je suis allé chez Rivages qui m’a refusé pour finir par retrouver Raynal chez Fayard… Les dernières années ont été, disons, un peu chahutées sur le plan vie privée… Ça n’aide pas à la productivité ! Et puis, je continue d’avoir une activité de scénariste, même si elle est devenu très discrète !