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envoyer par mail à un amiUn médiateur de l’encre électronique qui s’intéresse à un des premiers imprimeurs et qui publie non une biographie mais un roman, cela a suffi pour éveiller ma curiosité.
De quand date votre intérêt pour Aldo Manuzio ?
Lorsque le programme de mise en page Aldus PageMaker est sorti pour le
Macintosh d’Apple, en 1985. Aldus (le nom latin d’Aldo) m’a intrigué,
et j’ai voulu en savoir plus. J’ai vite compris qu’Aldo Manuzio avait
réussi là où Gutenberg avait échoué. J’aurais pu le croiser aussi par
des chercheurs, car il a inspiré les experts de la dématérialisation du
livre.
J’ai commencé des recherches à l’époque, mais c’était trop fastidieux
sans l’Internet.
Pourquoi avoir écrit un roman et non une biographie ?
Le sujet de mon livre est très vaste : la vérité, la diffusion de la connaissance, l’édition et l’imprimé, et quelques incursions dans la religion, la censure, la philosophie, etc. Il y a de nombreuses pistes de réflexions et des clés qui concernent un large public : des néophytes, des jeunes, qu’une biographie n’aurait pas attirés ; jusqu’aux érudits qui n’auraient pas pensé découvrir un tel personnage ou des faits aussi importants. Alors, l’idée du roman m’a paru la plus pertinente. Les retours des premiers lecteurs de ces populations extrêmes est très positif. Je pense avoir bien fait. J’aime penser que ceux qui n’y connaissent rien sur le sujet (comme moi au début de mes recherches) plongent dans de tels univers ; et aussi que de grands connaisseurs en apprennent.
Cette double narration qui alterne passé et présent, est-ce un moyen de comparer le changement d’époque engendré par l’imprimé avec les possibles du livre numérique ?
Oui, tout à fait. C’est aussi de donner une double porte d’entrée.
Certains préfèreront la Renaissance, d’autres le présent.
Nous allons vivre puissance mille ce qu’Aldo Manuzio a provoqué pour le
livre. Nous allons passer pour tous de la connaissance aux clés, lui a
provoqué la transition de l’information limitée à des cercles restreints
au savoir pour le plus grand nombre.
L’Aldo Manuzio du livre électronique existe-t-il déjà ?
Bonne question que les protagonistes se posent à la fin du roman. Je n’ai pas de réponse définitive. Mon avis oscille entre Nicholas Negroponte et Alan Kay, mais ils ne sont pas éditeurs. On pourrait soumettre la question aux internautes.
Au 15e siècle, il était impossible d’écrire que Jacques était le frère de Jésus. Qui remplace aujourd’hui l’église dans le rôle du censeur ?
Les sujets du type "Jacques frère de Jésus" restent tabou pour bon nombre de croyants, mais le contrôle absolu sur l’édition, tel que l’Eglise l’imposait, n’existe plus. La censure s’opère encore dans pas mal de pays, ou sur certains sujets, néanmoins. Mais il y a l’Internet, qui offre un territoire d’expression plus difficile à censurer.
Des langages propriétaires pour assurer la suprématie à certaines firmes qui vont contrôler la diffusion, des DRM pour sauver les droits d’auteurs, sont-ce les perspectives très radieuses de la dématérialisation des contenus ? Une petite librairie en ligne comme Bibliosurf a-t-elle encore un avenir dans ce cadre-là ?
Je crois qu’il faut distinguer la dématérialisation vu sous l’angle du
PC et de l’Internet, ou vu comme une évolution indépendante du support.
Dans ce cas, le papier électronique devrait redonner la liberté de
créer, et provoquer une rupture dans la question des DRMs pour une bonne
partie de l’édition. De nouvelles librairies comme Bibliosurf, de
nouveaux éditeurs comme Librii voient le jour pour accompagner cette
nouvelle révolution qui s’annonce.