Bibliosurf.com : derrière l'écran, il y a un libraire Newsletters Twitter Facebook RSS RSS
ACCUEIL
NOUVEAUTÉS
guide
GUIDES
INTERVIEWS
LECTURES
SUR LE WEB
CONSEILS
NUMERIQUES
Merci d'acheter vos livres sur bibliosurf
Le Bonheur sur ordonnance Illustre inconnu La Mort en écho Duelle Un bel age pour mourir L’instinct Maternel

Interview de Barbara Abel

par Serge Perraud
Mise en ligne le Mars 2008 | 1506 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Avec Illustre Inconnu, Barbara Abel signe son cinquième roman. L’auteur explore une fois encore l’univers de la famille, mais en faisant exploser l’imagerie d’Epinal qui s’y rattache. Foin d’un havre, d’un port, refuge contre la tempête, d’un îlot de quiétude, les familles de Barbara Abel sont des concentrés de tension, des ghettos de haine qui s’exacerbent. Avec son nouveau livre, elle explore une famille certes peu courante, une famille dont un membre est très célèbre, face à une intrusion : une enfant naturelle réclame son intégration…

Rencontre avec l’auteur qui revient sur sa démarche…


Avec Illustre inconnu, vous mettez en scène une famille « people » qui doit, par l’activité du père, vivre sous les feux de l’actualité, avec les conséquences induites. Comment avez-vous abordé cette situation ?

Comme toujours lorsque je pars sur une idée et qu’il me faut construire des personnages : je me mets à leur place. J’interprète leur rôle. Pour chacun d’eux, je me pose constamment les mêmes questions : si j’étais à leur place, comment réagirais-je. Que ressentirais-je ? D’autre part, la presse people m’a été d’un grand secours. Les informations au sujet de la vie privée et publique des célébrités sont continuellement étalées dans la presse et à la télé. Merci Mireille Dumas !

Vous décrivez l’épouse du personnage principal, Pierre Vasseur, comme étant toujours en représentation. Par contre, vous analysez les blocages, les refus des enfants. Vous êtes-vous inspirée de l’exemple des personnes ou familles célèbres ?

J’ai lu des témoignages, des interviews, ce genre de choses. Puis j’ai pris les ingrédients qui m’intéressaient pour construire mes propres personnages. On ne réagit pas de la même manière quand on est parti de rien et que l’on s’est construit tout seul, et quand on est né dans un milieu privilégié. Il m’a fallu tenir compte de tout cela. Leila a ‘travaillé’ dur pour parvenir à la perfection qu’elle convoitait. Par contre, les enfants Vasseur ont tout reçu en héritage. Dès lors, leur combat se situe ailleurs. L’être humain est ainsi fait qu’il remarque d’abord ce qui lui manque avant de regarder ce qu’il a. Et cela concerne tout le monde, pas seulement les célébrités.

Vous avez retenu Pierre Vasseur comme le nom d’un personnage principal. N’est-il pas proche du patronyme réel d’un grand comédien également ? Est-ce un hasard ?

Pour les noms et le prénom de mes personnages en général, je joue soit sur la consonance du nom, soit sur sa signification. Dans ce cas, je trouvais que ‘Pierre Vasseur’ donnait bien pour une célébrité. Je ne voulais pas aborder un personnage réel, mais bien entendu, le rapprochement avec l’acteur Pierre Brasseur s’est sans doute (in)consciemment révélé à mon esprit.

Vous reprenez comme cadre de votre nouveau roman un domaine qui, semble-t-il, vous est cher : le milieu familial et les tensions qu’on y trouve, voire les haines qui s’y exacerbent. Avez-vous, avec les situations que vous décrivez, le sentiment d’exagérer ou bien d’être en dessous de la réalité ?

Je pense sincèrement que la nature humaine est capable du meilleur comme du pire et qu’il y a dans la vie réelle des situations bien plus dramatiques que celles qui sortent de mon imagination. Combien de fois, lisant un fait divers ou regardant le journal télévisé, ne me suis-je pas dit : « Si je racontais cela dans un roman, on me dirait que j’en fais trop, que je vais trop loin, que ce n’est pas possible ». Mais je pense qu’une des clés d’une bonne intrigue – du moins dans mon créneau – c’est de trouver le juste milieu, un point de départ qui ne soit ni trop banal, ni trop ‘extra-ordinaire’. Il faut que l’on puisse y croire.

Quel est le point de départ de vos intrigues ? Vous basez-vous sur des faits divers ? Est-ce un déclic produit par une image, une réflexion… ?

L’idée jaillit toujours quand on s’y attend le moins. L’ironie veut que lorsque je ‘cherche’ une idée, elle se dérobe sans cesse. Puis, lors d’une soirée en compagnie d’amis, lors d’une conversation avec un commerçant, soudain une phrase déclenche quelque chose et l’idée surgit.

Pour Illustre inconnu, vous êtes vous inspirée de situations similaires existantes ?

J’imagine que vous faites allusion à « l’affaire Montant »â€¦ Oui et non. En fait, ce que j’aimais dans cette idée, c’est l’histoire de cette jeune fille née de père inconnu. Un inconnu qui se révèle être une célébrité. Un inconnu que tout le monde connaît. Bien entendu, j’ai tout de suite pensé à Yves Montant, mais je me suis bien vite éloignée de cette histoire.

Sans dévoiler une chute qui prend en compte un fait de société très actuel, pensez-vous que des personnes puissent en arriver à de telles extrémités ?

Comme je vous l’ai dit, je pense que l’Homme est capable de tout. Et qu’il suffit d’ouvrir un journal pour découvrir des faits bien plus terribles que ceux que je raconte.

À travers votre intrigue, ne mettez-vous pas en avant les excès qu’amènent aujourd’hui la nécessité de se montrer sous son meilleur jour, le fait de paraître, la lutte contre le temps et ses méfaits, omniprésents dans notre société ?

Bien entendu. Il nous est tous arrivé de croiser régulièrement des gens ‘biens sous tous rapports’, bien dans leur peau, heureux en ménage, etc. et d’apprendre par la suite qu’un tel est en profonde dépression, qu’une telle est une femme battue, que tel couple est en plein divorce alors qu’on les a encore vus la semaine dernière et qu’ils paraissaient tellement amoureux l’un de l’autre. C’est une réaction très humaine. Et puis, on se dit que nos problèmes ne regardent personne. Il vaut mieux faire envie que pitié.

Vos livres sont toujours riches en informations sur des sujets de la vie courante, mais peu médiatisés comme la gémellité dans Duelle, le diabète et ses conséquences dans le présent livre. Le travail de documentation prend-il une place importante dans la rédaction de vos livres ?

Le travail de documentation est primordial, car c’est grâce à lui que l’intrigue deviendra crédible. Si l’histoire ne s’inscrit pas dans une réalité humaine et sociale, le lecteur n’y croira pas et se désintéressera des personnages. Si l’on décide de faire évoluer des personnages de la vie de tous les jours, la moindre des choses est de se documenter sur leur quotidien afin que l’empathie du lecteur à leur sujet puisse s’exprimer. Si je mets en scène une personne diabétique et que je raconte n’importe quoi à ce sujet, le lecteur décrochera de l’histoire et refermera bien vite le livre avec la sensation que je me suis moquée de lui.

Est-ce que la vie d’une romancière qui se fait un nom dans le domaine du roman policier, qui commence à acquérir une certaine notoriété, ressemble à celle que vous décrivez vis-à-vis des médias ?

Vous voulez dire ‘ma vie’ ? Non, bien sur que non ! D’abord parce que ce sont mes livres qui provoquent l’intérêt, et de plus, je ne suis pas ‘Amélie Nothomb’ (pour parler d’écrivain belge connu). Je me défends dans mon domaine, je n’ai pas à rougir de mes ventes, je suscite un peu d’intérêt, mais tout cela reste à une échelle très ‘normale’. Et puis, contrairement au milieu du cinéma, ce n’est pas mon image qui est mise en avant. Beaucoup de gens achètent mes livres et les apprécient sans même savoir à quoi je ressemble. Jusqu’à présent, les médias sont très ‘gentils’ avec moi. Pourvu que ça dure !

Pouvez-vous, pour nous mettre en appétit, nous donner quelques indications sur votre prochain livre ?

Ben non… J’ai accouché récemment d’une adorable petite fille, et pour l’instant, toutes mes pensées sont tournées vers ma famille. J’ai quelques pistes, quelques envies, quelques débuts d’histoire, mais je ne me suis encore arrêtée sur rien de précis. Donc… Suspense !


Bibliosurf.com 9 rue Eugène Gibez 75015 Paris. Tel 09 61 25 97 52. contact