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L’Otage

Interview d’Olav Hergel

par Bernard Strainchamps
traduction Emmanuel Thirot
Mise en ligne le Janvier 2008 | 1259 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Je crois que, en ce qui concerne la politique d’immigration au Danemark, les journalistes de ce qu’on appelle la presse conservatrice danoise se sont trompés pendant quelques années. Les journaux étaient tellement content d’avoir un gouvernement conservateur qu’ils ont presque tout accepté. Surtout quand cela concernait la politique d’immigration.


Votre roman est formidablement construit. Avez-vous éprouvé des difficultés pour élaborer le scénario ?

En fait, non. Au début, quand j’ai eu l’idée, ça a été plutôt facile. J’ai écrit pendant 3 mois d’une traite, et c’était bon. Mais je l’ai aussi construit sur les frustrations que je rencontrais alors dans mon propre journal, le Berlingske Tidende, qui est ce que j’appellerais un journal conservateur classique. J’adorais travailler là, mais j’ai eu des mots avec les éditeurs sur la manière de traiter la politique d’immigration danoise. Du coup, j’ai changé de journal, je suis allé travaillé au Politiken, et entre les deux, j’ai pris trois mois pour écrire mon roman.

L’otage est une charge contre la politique d’immigration du Danemark. Pourquoi avoir adopté cette fois-ci la forme romanesque ?

En tant que journaliste, vous n’êtes pas autorisé à faire part de votre opinion, ce qui, sur le long terme, est une bonne chose, je trouve, parce que les lecteurs doivent pouvoir faire confiance au journaliste, au fait qu’au moins il essaie d’être objectif. Ce n’est jamais possible à 100%, mais vous devez essayer. Dans un roman, vous faites ce que vous voulez.

En janvier 2007, vous avez obtenu avec le photographe Miriam Dalsgaard le prestigieux prix Cavling de la presse. Dans votre roman, vous attribuez ce prix à un journaliste fouille merde aux accointances fascisantes. Si le métier de journalisme est devenu tel que vous le décrivez, n’aurait-il pas été préférable de refuser ce prix ?

Une fois de plus, c’est de la fiction. Dans la vraie vie, j’étais très fier et très heureux de recevoir ce prix. Je crois aussi que le journaliste dans le mon livre n’est pas un personnage sympathique, mais il a une volonté qui force l’admiration. Refuser le prix alors qu’il m’était donné pour un article sur les camps de rétention aurait été une erreur stupide.

Vous êtes très doué pour mettre en scène des protagonistes de la politique. Que ce soit des hommes de l’extrême droite comme ceux de la gauche. Pourquoi les journalistes n’arrivent-ils plus aujourd’hui à proposer des analyses claires des discours des hommes politiques ?

Merci. Je crois que, en ce qui concerne la politique d’immigration au Danemark, les journalistes de ce qu’on appelle la presse conservatrice danoise se sont trompés pendant quelques années. Les journaux étaient tellement content d’avoir un gouvernement conservateur qu’ils ont presque tout accepté. Surtout quand cela concernait la politique d’immigration. Mais ça change à présent. Par exemple, il y a un regain d’intérêt pour les camps de rétentions. Au moins chez les journalistes de la presse conservatrice.

Une alliance entre l’extrême droite et le parti social démocrate est-elle aujourd’hui vraiment possible ?

Absolument. Quand vous parlez de l’extrême droite, je pense que vous devez parler du parti populaire danois (Dansk Folke Parti). Ce n’est pas un parti d’extrême droite en ce qui concerne la politique sociale, et donc ils peuvent aisément travailler ensemble.

Depuis l’élection de Sarkozy et même depuis le 21 avril 2002, on pourrait transposer votre roman en France (hormis l’histoire en Irak). En ce moment, ici, les centres de rétention des immigrés en voie d’être expulsées connaissent la révolte. Comment votre roman a-t-il été accueilli au Danemark, voire dans d’autres pays européens ? Y-a-t-il un espoir de réveil de nos consciences ?

Quelques uns n’ont pas aimé le roman, mais la plupart des critiques l’ont beaucoup apprécié et quelques uns l’ont même adoré. L’un dans l’autre, il a été très très bien reçu. L’accueil a été le même en Suède. Je pense que la plupart des gens ont trouvé que c’était un livre important et qu’il a été publié à un moment clé, quand on en avait le plus besoin. Bien sûr qu’il y a de l’espoir. Je vois un changement au Danemark en ce qui concerne les camps de rétention. Au sujet de l’immigration, nous, en Europe, nous sommes face à un des sujets les plus importants dans les années à venir. Beaucoup de jeunes immigrants sont des délinquants. On ne peut pas le nier. Mais si nous opposons la violence à la violence, nous y perdrons tous. Nous sommes les forts et comme le dit Pippi Langstrompe dans mon livre, les forts doivent aussi être les gentils. C’est parfois difficile, mais on n’a pas le choix.





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