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Interview d’Antoine Bello

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Février 2007 | 3704 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Les falsificateurs est un roman étonnant qui a été à juste titre largement chroniqué dans la presse. Par cette première interview par mail, j’ai eu envie de savoir un peu plus qui était ce maitre des falsifications.


Avez-vous autant de bagout à l’oral qu’à l’écrit ?

Ai-je autant de bagoût à l’oral qu’à l’écrit ? Je ne suis pas sûr que bagoût soit le mot que j’aurais choisi. Disons que je sais être convaincant, en allant puiser mes arguments dans plusieurs registres. Je m’exprime facilement à l’oral mais l’écrit reste mon mode d’expression privilégié.

Y-a-t-il des correspondances entre l’écriture d’un compte rendu et d’un roman ?

Il n’y a guère de rapports entre l’écriture d’un compte rendu et celle d’un roman. Cela dit, mon expérience à Ubiqus (mon entreprise) m’a appris beaucoup de choses, notamment à écrire rapidement et sous pression. Je n’ai pas l’angoisse de la page blanche et les mots me viennent facilement. Mais les comptes rendus de réunion ne font que rarement appel à l’imagination...

Multiplicité et reconstitution, le puzzle est à nouveau le modèle de construction de cet opus. Pourquoi ce jeu vous inspire-t-il tant ?

Je n’ai pas d’autre fascination pour le puzzle autre qu’intellectuelle. Je ne fais pas de puzzles et je connais mal cette discipline (j’avais à peu près tout inventé dans Eloge de la pièce manquante). Mais le puzzle est évidemment une métaphore de la pensée humaine, fragmentée et que nous essayons perpétuellement d’ajuster à la réalité.

A l’instar de votre héros, vous êtes brillant pour élaborer des scénarios qui ne sont pas sans conséquences. Vivant dans une citadelle assiégée, nous avons peur de tout et nous voyons la conspiration à l’oeuvre partout. Une lecture au premier degré de votre roman n’encourage-t-elle pas ce travers ? Avez-vous un objectif caché pour les prochaines échéances électorales ?

Je n’ai aucun objectif caché pour les prochaines échéances électorales. Je ne cache pas que je voterai Sarkozy. Même si le personnage n’est pas parfait (mais qui l’est ?), il me semble qu’il est le seul de nature à entreprendre les réformes dont nous avons besoin et qui passent par la remise de l’économique au coeur de la société. Tout est social en France. On ne dit plus : "il fait froid", on dit "il fait froid, pensons aux SDF". Cela ne me dérangerait pas si nous avions les moyens de notre générosité mais la France réussit ce tour de force d’exalter la misère tout en tapant sur la richesse qui permet son traitement social.

Dans ce roman, vous abordez les thèmes de la sauvegarde des peuples, la ségrégation, le racisme. Vous méfiez-vous des idéologies et des bons sentiments ?

Je me méfie par principe de toutes les idéologies. Je réfute jusqu’au terme même : se laisser mener par son idéologie est la plus sûre façon de ne pas voir la réalité telle qu’elle est. C’est valable pour les tenants du tout-social (ceux-là mêmes dont je parlais plus haut), mais aussi pour certaines ONG. Quand j’écrivais les Falsificateurs, je suis rentré en contact avec une association (que je ne citerai pas) en leur demandant pourquoi il pensait qu’il était nécessaire de sauvergarder les peuples primitifs. J’ai été stupéfié de constater qu’ils n’avaient aucun avis sur la question, leur réponse se bornant à un désarmant : "il faut sauver ces peuples car nous ne pouvons pas nous passer d’eux".

Internet est-il le média de la désinformation et de la manipulation ?

Internet n’est pas le média de la falsification, pas plus que la photo, le livre ou la presse. On pourrait même soutenir la thèse selon laquelle Internet est l’anti-média de la falsification. Essayez de falsifier un article sur Wikipedia (tout au moins un article important) et vous verrez que la vérité sera rétablie dans les 24 heures.

Ce roman comprend au moins dix scénarios de roman. Et vous nous laissez sur un « Ã  suivre ». Pourriez-vous nous promettre que cette suite ne demeurera pas une fiction ?

Enfin, je vous promets que les Falsificateurs auront une suite. Mais je vous rappelle que les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent...


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