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L’Arabe Un pont d’oiseaux Un pont d’oiseaux La peau à l’envers Une maison au bord du monde Adieu, mon unique

Interview d’Antoine Audouard

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Juillet 2009 | 1119 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

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D.R. Ed. Olivier

L’Arabe. Pourquoi l’arabe ? Le racisme, c’est un sujet qui vous concerne ?

Dès l’instant où « un étranger » arrive, il y a une histoire. Quelle histoire ? Pour le découvrir il est nécessaire, en quelque sorte, de creuser en soi. Le terme de « sujet » laisserait penser à une sorte de réflexion sociologique ou politique – de ce point de vue, il me semble que le roman s’apparente plus à l’archéologie, ou, mieux, à la paléontologie.

Ce roman, est-ce une manière de revisiter à la française le choc des civilisations ?

Non. Ce serait attribuer au roman (au roman en général) une fonction (thèse, commentaire politique, message) qui n’est pas la sienne. Tout au plus un roman peut-il poser des questions, à condition de préciser que c’est chaque lecteur qui formule les siennes, face au texte. Pour moi, c’est une image et un son à qui j’ai laissé la place et qui m’ont finalement envahi.

Des personnages aussi tarés, vous en connaissez ?

Mauriac racontait qu’on l’abordait parfois en lui demandant où il allait chercher « toutes ces horreurs » et qu’il répondait : « En moi. »

Votre style est un savant mélange de vulgaire et de beau à l’instar de ce que vous contez. Mais n’avez-vous pas l’impression d’écrire des belles phrases sur le dos de l’arabe ?

J’ai laissé résonner une voix (la voix narrative) qui me troublait, me dérangeait et ne me laissait pas en paix. D’ailleurs je ne suis toujours pas en paix. Quant aux « belles phrases » elles ne sont pour moi pas plus « belles » que ne sont « vulgaires » les autres. Il s’agît d’une voix narrative, lointaine héritière du chÅ“ur antique, tour à tour criarde et lyrique, plaintive et brutale, multiple et une. La réalité du personnage de l’Arabe – si elle existe – naît dans l’inquiétude, ce qui pour moi est une autre façon de dire « fiction ». Katherine Mansfield disait en parlant de Tchékhov : « On lit et on se dit, c’est cela, c’est la vie. » Les lecteurs de ce roman se diront-ils cela ? Je n’en sais rien. J’espère qu’ils seront inquiets, chacun à sa manière. La seule expérience directe que j’en ai est personnelle, intime – et elle est intense.

Vous avez découpé votre roman en quatre parties : la pierre, l’eau, le feu, l’air. Qu’est-ce que cela signifie ?

Plus que l’élément narratif (une histoire, un scénario), ce sont ces éléments qui m’ont guidé, accompagné. Chacun d’eux domine à sa façon la partie qui porte son nom. Ce n’est pas non plus un déterminisme naturel (qui viendrait remplacer le déterminisme social), mais cela donne au cadre dans lequel l’histoire se déroule le caractère d’une « mythologie matérielle », selon l’expression de Bachelard.


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