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La relieuse du gué

Interview d’Anne Delaflotte Mehdevi

par Bernard Strainchamps
Mise en ligne le Août 2008 | 2369 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire La relieuse de gué ?

Pour ce roman-là, l’idée de départ - la gageure - était d’être capable de décrire des gestes techniques, ceux du relieur, sans tomber dans la brochure mode d’emploi.
L’atelier de reliure où je travaille souvent seule est silencieux, consacré aux gestes. Pour tisser une histoire sur ces gestes d’artisan, j’ai imaginé que tout se passe à rebours de son atmosphère feutrée. Il fallait qu’un client improbable apparaisse muni d’un livre mystérieux, à une heure incongrue, sous un ciel capricieux...

Je trouve ce titre très beau. Est-il venu tout de suite ?

Quand j’ai commencé à tisser cette histoire, elle s’appelait "l’atelier du gué" : l’héroïne décide, ne subit pas. Elle change de métier, vit ici plutôt que là. Dans un atelier, on construit, on reçoit des coups sur les doigts, on se trompe mais on recommence. J’aimais ce mot mais voilà, celui de "relieuse" était encore plus nécessaire.
Quant au gué, je voulais me faire plaisir, avant tout parce que j’en connais un "pour de vrai" qui m’enchante et finalement, il est essentiel à mon histoire de relieuse, vous ne trouvez pas ?

Le métier de relieur, vous arrivez bien à lui donner vie en quelques mots. Avez-vous rencontré des difficultés à décrire un tel savoir faire ?

A ma grande surprise, non.

Vous avez choisi la Dordogne comme lieu principal de l’intrigue. Juste en écho aux tirades de Cyrano que vous reprenez dans votre roman ?

J’ai choisi la Dordogne pour les mêmes raisons que Mathilde, pour me placer sous la protection de Cyrano.

C’est cet inconnu sans nom qui dépose un livre et s’en va mourir au coin de la rue qui déclenchera l’intrigue, cette irrésistible envie de Mathilde de découvrir le pourquoi... avant de boucler la boucle. Comment avez-vous construit cette intrigue, élaboré vos personnages ?

Une fois que j’ai imaginé la venue de cet homme, détenteur d’un livre mystérieux, l’histoire a coulé de source, enfin sa trame, parce que le tissage a duré et duré...
Pêle-mêle :
Il fallait que le livre soit relié à l’allemande : je vis à Prague et j’ai appris la reliure ici.
Dans le fanum, on retrouve l’idée du passage induite par le gué : site gallo-romain, souvent construit sur des lieux de cultes celtes et dont le péristyle évoque le cloître des chrétiens.
Les artisans de la ruelle : je me suis fait plaisir à entourer la jeune femme de personnages que m’ont évoqués des artisans croisés dans ma province. Je me suis amusée à transcrire leurs dialogues.... que j’entendais, je n’avais plus qu’à écrire.
Ces artisans vont l’aider à découvrir l’identité du propriétaire d’un livre dont elle se retrouve héritière malgré elle et à la fin du roman, si la solitude rôde encore, la relieuse est reconnue, elle a gagné sa place dans la ruelle.

Il y a un coté chasse au trésor dans ce roman animé par une galerie de personnages originaux et chaleureux. Même s’il y a un mort, de la vulgaire traîtrise, on s’y sent bien. Il détonne dans cette rentrée où les titres les plus accrocheurs font concurrence à des histoires qui mettent en scène des personnages bien cyniques. Vous n’avez visiblement pas la même approche de la littérature que vos contemporains, non ?

Passer deux ans de ma vie à écrire des histoires de cyniques ? Non merci. Je dois les fréquenter au quotidien. Alors quand je lis ou j’écris, je préfère les voyages.





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