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Oscillant entre “Je ne peux pas répondre à cette question” et “Je dois refuser de répondre à cette question”, Dashiell Hammett ne se livre jamais à ses enquêteurs.On l’accuse de “mépris” et d’ “entêtement” à l’égard de la cour ! Nous ne sommes pas très loin de la passivité subversive du fameux employé de bureau, Bartleby, peint parHermanMelville, qui n’a de cesse d’opposer à tout ordre que lui adresse son patron, un sempiternel “Je préfèrerais ne pas” ! Interrogatoires regroupent trois des procès que subit Dashiell Hammett pour ses accointances soupçonnées avec l’idéologie communiste. Le premier, daté du 9 juillet 1954, l’accuse d’être l’un des administrateurs du fonds de cautionnement du Congrès des droits civiques de New York. Le second, daté du 24 mars 1951, n’a été rendu public qu’en janvier 2003. Il s’agit d’une audience à huis clos, inédit à ce jour. Enfin, le troisième, daté du 26 mars 1953, questionne la part de propagande communiste dans ses ouvrages dont certains sont présents dans les centres de l’United States Information Agency (USIA), organisme international qui dépend du Département d’Etat.
Troublants par le non-dit de l’accusé face au tribunal, ces deux interrogatoires révèlent aussi la manière dont opérait la commission du Sénateur JosephMc Carthy.On ne sera cependant pas surpris d’apprendre que ce dernier, accusé de malversations financières, fit lui-même l’objet d’unemotion de censure au Sénat en décembre 1954 ! Et c’est alors au tribunal érigé aux portes du désert dans American Park de PeterWatkins et qui questionne des citoyens américains sur leur engagement envers l’Etat dans les années soixante-dix, que nous pensons désormais. En arrière-fond, enfin, c’est la place même de l’écrivain dans la société qui est remise en question : “Vous savez, on ne peut rien écrire sans prendre position d’une manière ou d’une autre par rapport aux problèmes de la société” dira Dashiell Hammett dans le second procès. Et quand on lui demande de dire quels types de livres il sélectionnerait s’il participait à une organisation supposée combattre le communisme tel que l’USIA, il répond :“Si je devais lutter contre le communisme, je crois que je ne distribuerais pas de livre du tout.” Il semble donc que, pour lui, aucune littérature ne puisse coïncider avec une démarche propagandiste. Au cours de cette sombre période politique des années cinquante,Hammett maintint son cap et évita de céder à la hargne, à la haine et à l’indignation vertueuse concernant son propre sort. Pensant qu’il fallait porter sa vérité, il fut fidèle à ce principe jusqu’à son dernier souffle.