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Histoire du roman policier

par Anne Pambrun
publié le dimanche 10 décembre 2006.
Support d’un cours élaboré en 1985
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ESSAI DE DEFINITION

Régis MESSAC 1929

Un récit consacré avant tout à la découverte méthodique et graduelle, par des moyens rationnels, des circonstances exactes d’un évènement mystérieux.

(Un peu vague)

François Fosca 1937

Il nous suffira d’énoncer que l’essentiel du roman policier est une, énigme basée sur un crime ou sur un délit, et dont la solution est découverte par un policier, professionnel ou amateur. (Trop limitatif)

Cécil SAINT LAURENT, préfacier d’une histoire du roman policier de Fereydoun Hoveyda 1965

Il y a roman policier lorsque le point de départ de l’ouvrage est une énigme singulière et que son développement est la recherche d’une solution. Lorsque cette solution est conforme à la logique et aux connaissances de l’époque et ne fait appel ni au surnaturel ni à un excès de coïncidences contraires au bon sens.

(Parfaite en 1920 mais déjà périmée en 1965)

BOILEAU NARCEJAC

Par essence le roman policier est un problème.

Et enfin Jacques SADOUL qui propose une première définition qu’il va remodeler après une courte analyse :

Le roman policier est le récit rationnel d’une enquête menée sur un problème dont le ressort dramatique principal est un crime.

1. Un récit rationnel : l’explication finale du mystère ne doit pas faire appel au surnaturel (sinon ce serait du fantastique.) (Ex. Dracula qui commence par une série de meurtres aurait pu être un policier s’il n’y avait pas eu ce thème des vampires.)

2. Enquête : Elle est bien passée de mode et depuis longtemps ! Elle disparaît au profit d’un récit criminel (Le casse de David GOODIS), d’une peinture de moeurs qui se conclut par un crime (Un linceul n’a pas de poches de MC COY) et dans les romans à suspense elle disparaît complètement (IRISH HIGHSMITH)

3. Problème : Identité du criminel, ou de la victime, façon dont le crime a été commis (Le mystère de la chambre jaune de G. LEROUX) Pourquoi ce crime ? (On achève bien les chevaux MC COY) Mais il y a des romans policier sans problèmes : on y décrit plutôt une tranche de vie (Le petit César BURNET’T ; Fantasia chez les ploucs de C. WILLIAMS, Marilyn la dingue CHARYN) ; Et il y a des romans à problèmes qui ne sont pas des policiers (MODIANO Rue des boutiques obscures.)

4. Crime : Le crime est indispensable mais il n’a pas besoin d’être réel, il peut-être seulement supposé (Le Mystère japonais d’Ellery Queen qui aboutit sur un suicide) (ou bien :"qu’auriez vous fait" de Charlotte Armstrong : Une veuve s’est remariée, mais sa soeur retrouve son premier mari vivant serait elle donc bigame ? non car elle n’avait jamais épousé le premier mari : il n’y a donc aucun crime.)

Donc nouvelle définition :

Le Roman Policier est un récit rationnel dont le ressort dramatique essentiel est un crime. vrai ou supposé.

LES PRECURSEURS DU ROMAN POLICIER

Tout commence réellement au 19e siècle avec Edgar POE (USA). Il crée l’archétype futur du détective : le chevalier Dupin. Il établit les règles principales du genre en 3 récits (Double assassinat dans la rue morgue, La lettre volée, Le mystère de Marie Roget). Un crime est commis (vol ou meurtre), l’ordre naturel des choses est bouleversé. Les événements défient tout explication raisonnable et des innocents sont injustement soupçonnés. Arrive un détective qui observe, raisonne et, sans quitter son appartement, propose une solution qui rend compte de tout les faits et qui est une surprise complète pour le lecteur.

Les ingrédients pour un bon roman policier sont donc : le raisonnement, la psychologie, le suspense et la violence.

Mais POE c’est aussi et surtout le roman du discours auquel l’école de Black Mask opposera le roman du regard.

Son premier disciple, Emile GABORIAU, est un français. En France, le terrain avait été préparé par Balzac, Hugo, Vidocq(1828, Policier Détective Justicier) surtout par le roman feuilleton : Alexandre DUMAS (Le comte de Monte Cristo)

Eugène SUE (les mystères de Paris)
Paul FEVAL
PONSON DU TERRAIL(1829-1871) (Rocambole, malfaiteur qui a donné naissance à un grand nombre de disciples comme Fantômas)
Et surtout GABORIAU (1832-1873) qui fut le secrétaire de Paul Féval, et qui eut l’idée de ses romans par son métier, le journalisme.
L’Affaire Lerouge 1866
Le dossier 113 1867
Le crime d’Orcival 1867
Mr Lecoq 1869
La corde au cou 1873

Edgar POE et Emile GABORIAU vont définir deux écoles très différentes : L’Ecole anglo-saxonne d’Edgar POE s’intéressera au cheminement de l’enquête et créera le personnage du détective amateur.

L’Ecole française de GABORIAU sera plus sensible à l’aspect romancé et mélodramatique du policier : milieu, personnages pittoresques, coups de théâtre (comme dans le roman feuilleton) et créera le personnage du policier professionnel.

LES PERES FONDATEURS

Il faut attendre 1887 et Conan DOYLE pour que commence l’histoire du roman policier proprement dit. Avec Sherlock HOLMES , le mythe est créé. "C’est le logicien le plus incisif et le policier le plus dynamique d’Europe, (Mémoires du Dr Watson). Il fascine : c’est un personnage étonnant, baroque, cultivé, secret qui pratique un art. Son égal dans le crime est Moriarty.

Sherlock Holmes a les clients les plus puissants du monde, il pratique une misogynie défensive à l’égard des femmes, absorbe de la cocaïne ; son Humour exprime le sang froid et le refus de céder à l’intimidation. Bref, c’est un spectacle à lui tout seul !

Anna Katharine GREEN est la première femme du roman policier et elle invente la "detective story "

En 1886 : première aventure de Nick Carter aux USA : ler détective solitaire aux prises avec la "jungle d’asphalte" des métropoles. Précurseur du futur détective hard boiled.

Mary R. RINEHART (USA) : la première à mettre les victimes et les bourreaux sous les feux de la rampe au lieu des enquêteurs. Son premier roman : l’escalier en spirale sortit en 1908.

G.K. CHESTERTON (1874-1936), (anglais) crée en 1910 le personnage du père BROWN. C’est un personnage simple, maladroit et plutôt insignifiant mais dont le secret est la connaissance des âmes, la psychologie : "Je m’efforce de m’imprégner de la mentalité de l’assassin", dit-il ! "Je m’identifie à lui au point de voir le monde à travers ses yeux farouches et injectés de sang, jusqu’à devenir moi-même un criminel".

LA BELLE EPOQUE DU CRIME

Rouletabille. de Gaston LEROUX 1907. Dans la lignée de POE et de GABORIAU, mais le mystère est encore plus complet que dans POE. Arsène Lupin de Maurice LEBLANC 1905. C’est le gentleman cambrioleur. Quand le cambriolage devient un service public, exercé avec élégance, efficacité et drôlerie ; parfois même avec patriotisme.

Fantômas 1911 (SOUVESTRE ET ALLAIN). C’est l’ange du mal.

LE ROMAN DE DETECTION ou LE ROMAN PROBLEME ou l’AGE D’OR DU ROMAN POLICIER

Il est avant tout anglo-saxon. Et le plus connu des écrivains de ce genre est Agatha CHRISTIE.(1891-1976) : ses héros Hercule Poirot et Miss Marple sont les dignes héritiers de Sherlock Holmes.

" De petite taille, dans un monde où l’on vénère les hautes statures, Poirot est affublé d’une paire de moustaches telle qu’il passe en Angleterre pour un martien. Qui plus est, il est chauve au point de mériter le surnom de " tète d’oeuf ". Et que dire de ses vêtements ? Toujours tiré à quatre épingles. à la limite du ridicule. Sans parler de ses souliers vernis. Quant à son langage, hormis le fait qu’il soit étranger en terre britannique, il est clairsemé de bizarreries, de locutions bien particulières, et de naïves et délirantes affirmations.

L’énorme estime que Poirot nourrit envers sa propre personne, même si, en définitive, elle se justifie par les résultats de ses " croisades " contre le crime, est également irrésistiblement comique. En somme, Poirot nous divertit et ne nous demande pas de nous " prosterner " devant sa personnalité. "

Mais…
Ce style de roman a été littéralement démonté par Les auteurs de roman noir comme CHANDLER. En effet les énigmes ne peuvent souvent pas être résolues par le lecteur ; les récits astucieux mais froids mènent rapidement à la lassitude et restent du domaine de la démonstration scientifique. CHANDLER disait que Hercule Poirot parlait un anglais traduit mot à mot d’un français "petit-nègre". Agatha Christie pensait faire du roman-problème psychologique mais cette psychologie reste très primaire et superficielle : "Ses personnages ne sont que des automates perfectionnés"

(BOILEAU-NARCEJAC). C’est seulement au niveau de l’invention policière qu’elle a du génie.

Avec Francis ILES (Pseud. de Anthony Berkeley COX), le policier accède à la complexité psychologique du roman littéraire : le roman policier doit retenir le lecteur moins par des liens mathématiques que par des liens psychologiques.

Edgar WALLACE (Anglais 1875-1932) écrit en 1905 " les quatre justiciers ". Il écrira dans sa vie plus de 170 romans !

Dorothy L. SAYERS (1893-1957) créa Lord Peter Wimsey, l’un des détectives les plus raffinés et les plus originaux de l’histoire du Roman policier. Son grand mérite fut de donner à ses personnages un aspect psychologique soigné et crédible.

Earl Derr BIGGERS inventa le premier détective américain d’origine asiatique Charlie CHAN (qui fut repris en BD avec des dessins d’Andriola) Enfin S.S. VAN DINE créa Philo Vance et écrivit les vingt règles pour le crime d’auteur. (1888-1939). Philo Vance apparaît en 1926 : c’est le premier grand détective américain à part entière du roman criminel (Dupin était français) ; ce fut aussi le plus raffiné, le plus cultivé, le plus aristocratique de tous les américains.

VINGT REGLES POUR LE CRIME D’AUTEUR Article de S.S. Van Dine publié en septembre 1928 dans L’American magazine

1. Le lecteur et le détective doivent avoir des chances égales de résoudre le problème. Tous les indices doivent être pleinement énoncés et décrits en détail.

2. L’auteur n’a pas le droit d’employer vis-à-vis du lecteur des " trucs " et des ruses, autres que ceux que le coupable emploie lui-même vis-à-vis détective.

3. Le véritable roman policier doit être exempt de toute intrigue amoureuse ). Y introduire de l’amour serait, en effet, déranger le mécanisme du problème purement intellectuel.

4. Le coupable ne doit jamais être découvert sous les traits du détective lui-même ni d’un membre quelconque de la police. Ce serait de la tricherie aussi vulgaire que d’offrir un sou neuf contre un louis d’or.

5. Le coupable doit être déterminé par une suite de déductions logiques et non pas par hasard, par accident, ou par confession spontanée.

6. Dans tout roman policier il faut, par définition, un policier. Or, ce policier doit faire son travail et il doit le faire bien. Sa tache consiste à réunir les indices qui nous mèneront à l’individu qui a fait le mauvais coup dans le premier chapitre. Si le détective n’arrive pas la une conclusion satisfaisante par l’analyse des indices qu’il a réunis, il n’a pas résolu la question.

7. Un roman policier sans cadavre. cela n’existe pas (... ) Faire lire trois cents pages sans même offrir un meurtre serait se montrer trop exigeant vis-à-vis d’un lecteur de roman policier. La dépense d’énergie du lecteur doit être récompensée.

8. Le problème policier doit être résolu à l’aide de moyens strictement réalistes. Apprendre la vérité par le spiritisme, la clairvoyance ou les boules de cristal est strictement interdit. Un lecteur peut rivaliser avec un détective qui recourt aux méthodes rationnelles. S’il doit rivaliser avec les esprits et la métaphysique, il a perdu d’avance.

9. Il ne doit y avoir, dans un roman policier digne de ce nom, qu’un véritable détective. Réunir les talents de trois ou quatre policiers pour la chasse au bandit serait non seulement disperser l’intérêt et troubler la clarté du raisonnement, mais encore prendre un avantage déloyal sur le lecteur.

10. Le coupable doit toujours être une personne qui ait joué un rôle plus ou moins important dans l’histoire, c’est-à-dire quelqu’un que le lecteur connaisse et qui l’intéresse. Charger du crime, au dernier chapitre, un personnage qu’il vient d’introduire ou qui a joué dans l’intrigue un rôle tout a fait insignifiant, serait, de la part de l’auteur, avouer son incapacité de se mesurer avec le lecteur.

11. L’auteur ne doit jamais choisir le criminel parmi le personnel domestique tel que valets, laquais, croupiers cuisiniers ou autres. Ce serait une solution trop facile. (... ) Le coupable doit être quelqu’un qui en vaille la peine.

12. Il ne doit y avoir, dans un roman policier, qu’un seul coupable, sans égard au nombre d’assassinats commis. (…) Toute l’indignation du lecteur doit pouvoir se concentrer sur une seule âme noire.

13. Les sociétés secrètes, les, mafia, les camarillas, n’ont pas de place dans le roman policier. L’auteur qui y touche tombe dans le domaine du roman d’aventures ou du roman d’espionnage.

14. La manière dont est commis le crime et les moyens qui doivent mener à la découverte du coupable doivent être rationnels et scientifiques. La pseudo-science, avec ses appareils purement imaginaires, n’a pas de place dans le vrai roman policier.

15. Le fin mot de l’énigme doit être apparent tout au long du roman, à condition, bien sûr, que le lecteur soit assez perspicace pour le saisir. Je veux dire par là que, si le lecteur relisait le livre une fois le mystère dévoilé, il verrait que, dans un sens, la solution sautait aux yeux dès le début, que tous les indices permettaient de conclure à l’identité du coupable et que, s’il avait été aussi fin que le détective lui-même, il aurait pu percer le secret sans lire jusqu’au dernier chapitre. Il va sans dire que cela arrive effectivement très souvent et je vais jusqu’à affirmer qu’il est impossible de garder secrète jusqu’au bout et devant tous les lecteurs la solution d’un roman policier bien et loyalement construit. Il y aura toujours un certain nombre de lecteurs qui se montreront tout aussi sagaces que l’écrivain (… ). C’est là, précisément, que réside la valeur du jeu (…).

16. Il ne doit pas y avoir, dans le roman policier, de longs passages descriptifs pas plus que d’analyses subtiles ou de préoccupations atmosphérique. Cela ne ferait qu’encombrer lorsqu’il s’agit d’exposer clairement un crime et de chercher le coupable. De tels passages retardent l’action et dispersent l’attention, détournant le lecteur du but principal qui consiste à poser un problème, à l’analyser et à lui trouver une solution satisfaisante. (... ) Je pense que lorsque l’auteur est parvenu à donner l’impression du réel et à capter l’intérêt et la sympathie du lecteur aussi bien pour les personnages que pour le problème. il a fait suffisamment de concessions à la technique purement littéraire.

17. L’écrivain doit s’abstenir de choisir son coupable parmi les professionnels du crime. Les méfaits des bandits relèvent du domaine de la police et non pas de celui des auteurs et des détectives amateurs. De tels forfaits composent la grisaille routinière des commissariats, tandis qu’un crime commis par une vieille femme connue pour sa grande charité est réellement fascinant.

18. Ce qui a été présenté comme un crime ne peut pas, à la fin du roman, se révéler comme un accident ou un suicide. Imaginer une enquête longue et compliquée pour la terminer par une semblable déconvenue serait jouer au lecteur un tour impardonnable.

19. Le motif du crime doit toujours être strictement personnel, (... ) Le roman policier doit refléter les expériences et les préoccupations quotidiennes du lecteur, tout en offrant un certain exutoire à ses aspirations ou à ses émotions refoulées.

20. Enfin, je voudrais énumérer quelques trucs auxquels n’aura re-cours aucun auteur qui se respecte parce que déjà trop utilisé, et désormais familiers à tout amateur de littérature policière :

a. La découverte de l’identité du coupable en comparant un bout de cigarette trouvé à l’endroit du crime à celles que fume un suspect.

b. La séance spirite truquée au cours de laquelle le criminel, pris de terreur, se dénonce.

c. Les fausses empreintes digitales

d. L’alibi constitué au moyen d’un mannequin.

e. Le chien qui n’aboie pas, révélant ainsi que l’intrus est un familier de l’endroit.

f. Le coupable frère jumeau du suspect ou un parent lui ressemblant à s’y méprendre.

g. La seringue hypodermique et le sérum de vérité.

h. Le meurtre commis dans une pièce close en présence des représentants de la loi.

i. L’emploi des associations de mots pour découvrir le coupable.

j. Le déchiffrement d’un cryptogramme par le détective ou la découverte d’un code chiffré.

Article de S.S. Van Dine publié en septembre 1928 dans L’American magazine (SS VAN DINE était le pseud. de Willard. H. WRIGHT)

F. W. CROFTS (1879-1937) , dont presque toutes les histoires reposent sur des alibis inattaquables, qui finalement se révèlent être faux. Il décrit les enquêtes policières telles qu’elles devaient se passer à l’époque, Ellery QUEEN qui a eu une influence prépondérante en temps qu’éditeur (il commencé a éditer les romans de HAMMETT et CHANDLER) a écrit aussi " Le Mystérieux Mr X " exemple parfait et limite d’un roman pur jeu intellectuel où auteur et lecteur s’affrontaient pour identifier le criminel. Ce livre marque le couronnement du roman jeu et annonce sa fin.

ESSAI D’AUTONOMIE DES ECRIVAINS FRANCAIS

Le grand virage des années trente. Bon nombre d’écrivains épousent à cette époque sans réserve les règles du policier anglais. Collections le Masque et L’Empreinte.

Puis de nouveaux auteurs vont se manifester, cherchant à se libérer des règles de VAN DINE bien qu’acceptant les règles du roman classique. Pierre VERY (1900-1960) L’Assassinat du père Noël (1934), les disparus de Saint-Agil (1935), Goupi mains rouges (1937).

Il veut que ses personnages soient des êtres humains en lutte avec la vérité.

Ses romans sont parsemés d’anecdotes de la vie quotidienne, d’anciennes traditions. Cette tendance s’accentue avec les romans paysans.

Stanislas-André STEEMAN (1908-1970). Belge.

L’Assassin habite au 21 (1939). Son détective se nomme M Wens, c’est un ancien policier qui s’est mis à son compte. Il a créé Aimé Malaise, personnage à la Maigret, un an avant la sortie de Maigret.

Claude AVELINE, célèbre romancier et essayiste, publie pour se divertir en 1932 un très bon roman policier : la double mort de Frédéric Belot. Il cherche, de cette façon à prouver qu’il n’y a pas de genre littéraire mineur. Il en écrira Cinq autres ensuite ans une période de quarante ans.

" Le personnage de la double Mort est le jeune inspecteur Simon Rivière, " grand, maître, aux mains effilées et dont le regard n’a rien d’inquisiteur mais est plutôt lointain, distrait ". Rivière, fils d’un inspecteur. est entré dans la police sous la protection de deux grands amis de son père, Frédéric Belot son parrain - et M- Picard - chef de la Police judiciaire. Picard a d’ailleurs accédé à ce poste après que Belot, inexplicablement, a préféré celui - plus sédentaire - de chef de la " Brigade spéciale ". Ce n’est d’ailleurs pas la seule bizarrerie chez Belot : célibataire endurci, il a fait depuis peu la connaissance de l’agréable Mme Deguise et parle déjà de l’épouser.

Un soir, Picard l’attend en vain dans son bureau pour une affaire importante. Il envoie Rivière à son domicile. Celui-ci trouve Belot moribond, au milieu du salon, le visage sanguinolent et un revolver à ses côtés. Soudain, derrière un rideau, Rivière découvre un autre cadavre. " Cet homme est aussi Frédéric Belot. "

Devant ces deux corps identiques, Rivière croit perdre la raison- Qui est véritablement Belot ? "

Pierre BOILEAU qui prendra conscience plus tard de la nécessité d’un renouvellement et s’associera à NARCEJAC.

Georges SIMENON. et Maigret. Auteur qui échappe aux modes et aux influences.

Il a écrit plus de 400 romans sous différents noms. Une quinzaine d’œuvres autobiographiques. Il existe 102 aventures de Maigret plus son autobiographie !

" Maigret n’essaie pas d’expliquer il cherche d’abord à comprendre. C’est un peseur d’âmes. Ce qui compte c’est un geste, un mot, un regard, un silence. Résoudre l’énigme pour lui c’est ressentir la crise psychologique qui a conduit au drame. "

Exbrayat

Ensuite, viendront les Simonin (Touchez pas au Grizzbi), Giovanni, Boileau-Narcejac, Léo Malet, LeBreton, San Antonio, Louis C. Thomas .... Mais le roman noir américain sera déjà passé par là et rien ne sera plus comme avant

LE ROMAN NOIR

CHANDLER écrivit : "HAMMETT a sorti le crime de son vase vénitien et l’a flanqué dans le ruisseau" (ce qui n’est pas tout à fait vrai, car au temps de Sherlock Holmes il l’était, et c’est le roman de détection à la CHRISTIE qui a installé petit à petit le crime dans les salons. "HAMMETT a remis l’assassinat entre les mains des gens qui le commettent pour des raisons solides et non pour fournir un cadavre à l’auteur. Qui le commettent avec les moyens du bord et non avec des pistolets de duel ciselés à la main, du curare ou des poisons tropicaux Il colla ces gens sur le papier tels qu’ils sont dans la vie et il leur donna le style les réactions qui sont habituellement les leurs, dans des circonstances données Le style Hard boiled (dur à cuire) contrairement à ce qu’on peut penser est né entre les deux guerres et non après 1945 (1927 la Moisson rouge de Hammett). Voulant faire connaître le polar américain en France, Gallimard lance sa Série Noire en 1945...en commençant par une énorme erreur : les deux premiers volumes, textes d’auteurs anglais, sont des ersatz de polars américains : "la môme vert de gris" de Peter CHENEY et "pas d’orchidées pour Miss Blandish " de CHASE. Ensuite seront publiés les " vrais " : MC COY, CAIN, CHANDLER, LATIMER … qui seront alors pris pour les disciples des premiers ! D’où l’impression qu’ont les français que le roman noir est né après la guerre.

En réalité à la fin de la première guerre mondiale aux USA étaient imprimés les Pulps (pulpe de bois), journaux bon marché. Certains étaient consacrés aux récits policiers. C’est dans un de ces "pulps" : Black Mask stories que débutèrent Hammett, MC COY et CHANDLER. Le premier fut Carrol John Daly en 1922 avec une nouvelle intitulée ’Le faux Burton Combs". Les personnages y parlaient le langage de la rue. Doly créa le premier détective hard boiled : Race Williams :"il avait deux pistolets, un goût exagéré pour l’alcool, la passion des billets verts et une liaison avec une femme mi ange mi démon surnommée La Flamme. C’est l’ancêtre de tous les Philip Marlow, Sam Spade et autres détectives. Mais ce texte reste assez primaire.

Le premier texte d’HAMMETT sort en 1923 : entre ces deux auteurs et ces deux textes des différences importantes :

HAMMETT utilise l’argot de façon littéraire alors que Daly écrit mal. Le fond est une simple bande dessinée chez Daly, il devient une vraie critique sociale chez HAMMETT. Ce n’est plus une anecdote mais un tableau de la société en décomposition.

Le Hard boiled abandonne la notion de jeu policier anglais pour un certain réalisme. Il a pour fond la violence et l’action, il ramène la vie au roman policier et connaîtra ensuite un renouvellement durable avec les auteurs de Black Mask et leurs successeurs. La série noire les a tous traduits mais pas toujours avec de bonnes traductions, et assez souvent en éditions abrégées, sans que les lecteurs soient prévenus. The Little sister de CHANDLER est devenu : fais pas ta rosière.

Play back de CHANDLER : "Charade pour écroulés "

Le roman noir va faire retrouver au policier les formes et les vertus de l’épopée. Il a une fonction sociale : réalise l’équilibre entre la pensée mythique et la pensée rationaliste, il arbitre chez l’homme « Les conflits de l’inconscient et du conscient ». Le Détective intercède entre l’homme et l’impossible comme le prêtre le faisait entre l’homme et le sacré. Mais le décor est nouveau : c’est celui de la civilisation industrielle.

Dashiell HAMMETT I894-196I

Au roman du discours il oppose le roman du regard avec toutes les conséquences qui en découlent. HAMMETT ne sollicite pas l’intelligence du lecteur mais ses nerfs ou ses tripes ; il néglige la perception au profit de la sensation. Les personnages ne se définissent plus par une psychologie des connaissances un caractère dont l’auteur ne dit rien mais par ce qui tombe sous le regard : particularités physiques signalées dès la première apparition :

"Le grand pochard aux oreilles rouges" ou "Une grosse bouille ronde avec des yeux verts clignotants".

C’est un monde d’humour, d’ironie nonchalante, d’action. Les personnages : faune trouble des faubourgs, entrepôts, maisons vides, rues dangereuses et garnis crasseux. Rien de l’univers petit-bourgeois du roman problème. Tradition du roman poursuite, du hold-up. Chantage ; recherche d’une personne disparue ...

C’est aussi l’entrée de la psychanalyse dans le roman policier.

Il y a contradiction entre la violence et le froid détachement de 1’écriture qui l’enregistre. Violence mais aussi lassitude qui débouche sur le scepticisme et la duplicité. Cette littérature est le pur produit d’un système socio-économique. Mais son oeuvre se caractérise dans sa finalité, par la pureté morale : le détective est las et sceptique mais le coupable reçoit son châtiment définitif : la mort. En fait tout cela dénote du scepticisme de l’auteur envers les institutions de son pays (police, justice, argent) et pour ces raisons il a été très critiqué ; Il sera même emprisonné par MC Carthy. Par son contenu social démystificateur et violent il s’inscrit dans la tradition de la littérature populaire des "Mystères de Paris" à "Fantômas". Le détective bien qu’il parle peu et n’en dise rien, ne se satisfait pas de l’arrestation d’un meurtrier. Il a, envie de changer quelque chose, peut-être sa vie. Attention danger !

1929 La moisson rouge
1929 Sang maudit
1930 Le faucon maltais
1930 La clé de verre
1934 L’introuvable
(1941 Le faucon maltais avec Humphrey BOGART)

" La description physique de Sam Spade est très précise : Il avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait. en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris-jaune coupaient le visage d’une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais, partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. Il avait quelque chose d’un sympathique Méphisto blond.

Sur la porte de son agence, le nom de son associé, Miles Archer, voisine avec le sien, Sam le hait de toutes ses forces. Mais il y a plus : le détective a pour maîtresse la femme d’Archer. Ainsi, lorsque Archer est tué, Sam se lance à corps perdu dans les recherches, afin que personne n’ait l’idée de le suspecter : l’idée de finir la corde au cou ne lui plaît aucunement. Spade est ainsi impliqué dans une sordide affaire autour de laquelle gravitent différents personnages unis dans leur soif de posséder une statuette en or bourrée de pierres précieuses, le faucon maltais. Naturellement, Spade démêle cet écheveau, mais à sa manière. Non pas une loupe à la main et le manuel du parfait enquêteur dans l’autre, mais avec force coups de poing, coups de feu. poursuites dans l’obscurité des ruelles mal famées.

Sam Spade n’est pas pour autant un dur prêt à se ranger du côté des " méchants ", ou un justicier qui se moque de la loi (il ne porte jamais de pistolet sur lui, n’aimant pas les armes à feu) : lui, c’est un professionnel qui lutte contre la corruption avec obstination et courage, même s’il ressent en lui un inguérissable scepticisme. " Violent, imprévisible, déconcertant ", ainsi l’a défini Ellery Queen. : Sam Spade est un homme d’action, un dur qui déteste recevoir des coups sans les rendre, un détective qui découvre le coupable même s’il méprise le client. C’est le sauvage de San Francisco, qui ne renonce pour rien au monde à appeler un chat un chat. "

W.R. BURNETT 1899-1982

Après un déménagement Chicago en 1929 il se rend célèbre avec Le petit César, biographie de gangster certainement inspirée de la vie d’Al Capone. C’est un succès. Il écrit aussi en 1949 "Quand la ville dort" (Asphalt jungle). Il est devenu ainsi le chroniqueur du monde des gangsters, féroce et violent. C’est la lutte éternelle entre le bien et le mal inspirée d’une réalité brutale dans laquelle vivaient les américains dans ces années difficiles.

James CAIN 1892-I977

Il amorce une mutation décisive du roman policier. Ses criminels au moment où ils tuent, mettent en mouvement des forces, des évènements qui d’une manière fatale se retournent lentement contre eux pour les anéantir. Plus ils sont intelligents et plus le destin qui va les perdre semble habile. C’est le destin qui joue le rôle du policier.

Assurance sur la mort 1936
Le facteur sonne toujours deux fois 1934

Horace MC COY 1895-1955

L’Ecrivain maudit du roman noir. Journaliste Sportif puis scénariste à Hollywood. Il écrit en I937 "Un linceul n’a pas de poches’, ; il fut publié seulement en 1948 aux USA. Il y dénonçait avec trop de réalisme la corruption et le racisme. C’est surtout l’auteur de " On achève bien les chevaux " (1935). Il met en scène des losers ; témoin de la société américaine d’avant la seconde guerre mondiale.

Jonathan LATIMER 1906

Il possède une irrésistible gaieté qui marque toute son oeuvre. "Quadrille à la, morgue", récit très baroque, publié en 1936 qui raconte les aventures macabres d’une mystérieuse inconnue prise pour morte alors qu’elle n’est qu’ivre-morte ! Son premier héros est William Crane : " Je suis un grand détective, personne n’est au courant, sauf quelques criminels ".

JIM THOMPSON 1910-1978

Des cliques et des cloaques 1954 (Série noire d’Alain Corneau)
1275 âmes (Coup de torchon de Tavernier)

"On ne sait si c’était un schizophrène alcoolique ou le plus lucide des écrivains politiques mais en tous cas son oeuvre est cohérente : elle nous décrit une humanité sinistre dominée par des criminels sadiques ou inconscients qui, la plupart du temps sont aussi des policiers. Cette humanité n’est pas coupable par naissance ou par prédestination. " Nous qui désirons tant et avons obtenu si peu ". Le mal n’est pas inné et le châtiment pas nécessaire. Pas de compassion comme dans l’univers chrétien. Si le monde est si noir c’est parce que les puissants qui nous gouvernent et les lois qu’ils édictent ne laissent d’autres solutions que le meurtres, la folie et la mort" (F. Guérif)

David GOODIS 1917-1967

Tirez sur le pianiste 1956.

Reporter, ses enquêtes l’emmenaient souvent dans les zones sordides ; pour entrer dans ces bas-fonds il se déguisait en clochard et prenait ses impressions sur le vif. C’est presque toujours la même histoire :

"Un homme, au bout du rouleau que le passé vient rechercher pour mieux rouvrir la déchirure qu’il lui a faite. Le décor est inchangeable : une rue de paumés (Epaves, 1952) un quartier dont on ne revient pas (sans espoir de retour, 1954) et au milieu, un bar, un refuge pour toutes les épaves qui ne supportent ni la lumière du jour, ni la réalité et s’oublient dans le néant de l’alcool et si l’espoir est parfois possible, lorsqu’on a gardé au fond de soi une lueur de pureté originelle, le chemin qui mène à la rédemption passe par l’expiation et le rachat. C’est un monde évangélique drainé de caniveaux." (F. Guérif)

Chester HIMES 1909-1984

C’est Marcel Duhamel qui l’a poussé à écrire lors de son arrivée à Paris. C’est l’écrivain noir du roman noir. Ses héros, 2 flics coriaces et incorruptibles Ed Cercueil et Fossoyeur Jones sont mal -vus à Harlem (Chiens de garde des blancs) mais respectés à cause de leurs revolvers. Leurs enquêtes consistent à brutaliser tout le monde.

Les crimes sont des escroquerie burlesques des mascarades gigantesques une fête de fous jouée par toute une ville et vouée à une fin tragique par l’imprudence, la fatalité ou la chaleur…

On ne distingue plus les assassins des victimes. Chester Himes nous montre la tragédie de l’homme noir sans réclamer de pitié pleurnicharde. C’est un monde de paumés une cour des miracles ou sévissent la, drogue, la violence la, religion et le sexe.

Raymond CHANDLER (1888-1959)

Il se mit à, écrire en 1939 fasciné mais non influencé par Dashiell HAMMETT et les auteurs de Black Mask.

1939 Le grand sommeil
1941 Adieu ma jolie
1943 La dame du lac
1948 The little sister
1952 Sur un air de Navaja

Son héros se nomme, est-il besoin de le rappeler ? Philip Marlowe. Il fut interprété à l’écran par de nombreux acteurs : Bogart, Powell, Mitchum, Montgomery, Gould.... Mais son auteur aurait préféré Gary Grant ! Comme on le voit, il se le disputait avec ses lecteurs ! au point qu’il fut contraint de reconstruire, pour eux une authentique biographie de son héros en 1951.

" Marlowe est né à Santa Rosa. Californie, à une date imprécise d’une année incertaine. Il a étudié deux ans à l’université d’Etat de l’Oregon : sa culture ressurgit parfois en citations de Flaubert et de T. S. Eliot. Installé à Los Angeles, il a été enquêteur dans une compagnie d’assurances, puis assistant du procureur du comté de Los Angeles. Les circonstances dans lesquelles il a perdu ce dernier emploi sont obscures, mais il est certain qu’ il s’est montré trop efficace, à un moment et en un lieu où l’homme en place n’avait rien à faire d’efficacité ".

"Il mesure un peu plus de six pieds et pèse dans les soixante-quinze kilos. C’est un brun aux yeux marron, et l’expression " assez bien de sa personne " lui déplairait souverainement. Il n’a jamais beaucoup d’argent, c’est aussi qu’il se fait peu payer : son tarif est de 25 dollars par jour (rarement 40) plus les frais (8 cents au mille pour l’essence). Mais si l’affaire " l’émeut ", il descend à 1 0 dollars. Ou même rien du tout.

C’est un honnête joueur d’échec, " mais pas assez bon pour jouer en tournoi... Son attitude envers les femmes est celle de n’importe quel homme en bonne santé et vigoureux, qui se trouve être célibataire alors qu’il devrait être marié depuis longtemps " : il ne refuse jamais les bonnes occasions, mais ne les cherche pas. Il préfère les jeunes filles ingénues et blondes, ne se sent pas obligé de sauter sur toutes les séductrices, comme le font ses collègues.

Son agence tient en deux pièces à peine : une salle d’attente et son bureau, presque toujours déserts à part l’odeur de poussière". Marlowe n’a pas de secrétaire. Quant aux armes qu’il utilise, il a débuté avec un Luger, puis est passé au Colt automatique de différents calibres, mais jamais " au-delà de 38 ". Il s’en sert le moins possible, comme Sam Spade son prédécesseur.

Philip Marlowe est devenu détective un peu comme on se fait prêtre. " Si le fait de se révolter contre une société corrompue est le signe d’un manque de maturité, alors Philip Marlowe est tout à fait infantile. Voir la saleté où il y en a, si c’est être un inadapté social, alors Philip Marlowe est un inadapté. Bien sûr que Marlowe est un raté et qu’il le sait. C’est un raté parce qu’il n’a pas d’argent. Un homme sans malformations et qui ne gagne pas bien sa vie est toujours un raté et généralement un raté moral. Mais beaucoup de gens ont été des ratés parce que les talents qu’ils avaient ne convenaient pas à leur temps et au lieu où ils vivaient. Je crois qu’en fin de compte nous sommes tous des ratés, autrement le monde ne serait pas ce qu’il est.

Contrairement à tant de ses confrère Marlowe n’est pas une éponge. Il boit modérément. Et rarement quand il est sur une affaire. La légende qui le décrit toujours imbibé de whisky est peut-être née du fait que " lorsqu’il a envie de boire un coup, il le fait ouvertement et il n’hésite pas à le dire.

Son épopée couvre sept romans : Le Grand Sommeil (The big Sleep, 1939), Adieu ma jolie (Farewell, My Lovely,. 1940), La Grande Fenêtre (The Hig Window, 1943), Fais pas ta rosière (The Little Sister, 1949), Sur un air de navaja ( The song Good-bye, 1953), qui a obtenu le prix Edgar Poe, Charade pour écroulés (Play Back, 1958), une nouvelle, The Pencil écrite en 1958, publ. posthume en 1960) et un roman inachevé The Poodle Springs Story dans lequel Marlowe est marié. "

CHANDLER devient un écrivain professionnel en 1933 à 45 ans. Il est issu d’une famille bourgeoise ; ses parents divorcent quand il a 7 ans : il ne reverra jamais son père et vivra dans l’ombre de sa mère : il épousera Cissy, de 17 ans plus âgée que lui. Il a beaucoup vécu en Europe dans son enfance et sa jeunesse. Après de nombreux métiers il entame en 1920 à Los Angeles une carrière d’administrateur. En 1932 la dépression met fin à tout cela. Après avoir lu Gardner et Hammett dans Black Mask il se met à écrire des nouvelles. puis des romans qui lui prendront beaucoup de temps ainsi que ses activités cinématographiques. Il était alcoolique, collaborateur difficile (Il ronchonne contre Hitchcock, Highsmith.. et bien d’autres comme ses disciples plus tard qu’il traitera de mauvais !) Il se retire à. la Jolla, ville au nord de San Diego. Lorsque, sa femme meurt il plonge encore plus dans l’alcoolisme et tente de se suicider. Il mourra 5 ans après elle.

Son univers est réaliste mais décrit avec humour. Il y décrit la violence physique avec sadisme : les morts prolifèrent. Mais c’est une critique sociale.

Art du portrait : images en mouvement adaptables au cinéma. Décor qui introduit des atmosphères déprimantes. Il utilise facilement un des poncifs du roman noir : cultiver des temps morts et des silences. Il a sophistiqué cet usage au point de le rendre parodique. Descriptions sadiques : "Le pied de lit barbouillé de quelque chose de sombre qui semblait faire le délice des mouches". Agressivité + truculence des formules métaphoriques : "Mon nerf facial gauche sautait comme une grenouille châtrée" Enfin critique sociale : Il décrit la Californie du sud et la faune de Hollywood qu’il connaît bien. Mais c’est une critique dépourvue du fondement idéologique donné par HAMMETT à la sienne. La police y est moins critiqués. En fait, il décrit très bien des atmosphères mais oublie parfois un peu l’action et l’intrigue.

Ce fut également un grand théoricien du roman criminel moderne il a écrit " l’art d’assassiner ou la, moindre des choses " en 1944.

DECALOGUE DU ROMAN CRIMINEL DE RAYMOND CHANDLER

1. La situation originale et le dénouement doivent avoir des mobiles plausibles...

2. Il ne doit pas y avoir d’erreurs techniques sur les méthodes de meurtre et d’enquête...

3. Les personnages, le cadre et l’atmosphère doivent être réalistes. Il doit s’agir de gens réels dans un monde réel...

4. A part l’élément de mystère, l’intrigue doit avoir du poids en tant qu’histoire...

5. La simplicité fondamentale de la structure doit être suffisante pour être facilement expliquée quand le moment est venu...

6. La solution du mystère doit échapper à un lecteur raisonnablement intelligent...

7. La solution, quand elle est révélée, doit sembler inévitable...

8. Le roman policier ne doit pas essayer tout faire à la fois. Si c’est l’histoire d’une énigme fonctionnant à un niveau mental élevé, on ne peut pas en faire aussi une aventure violente ou passionnée...

9. Il faut que d’une façon ou d’une autre le criminel soit puni, pas forcément par un tribunal (...) [Sans la punition], c’est comme une dissonance qui irrite.

10. Il faut une raisonnable honnêteté à l’égard du lecteur... ln Quelques remarques sur le roman de mystère, 1949. Trad. Michel Doury (ainsi que tous les extraits des Lettres). Les extraits de L’art d’assassiner sont traduits par J. Quet et J. Sendy.

William IRISH pseud. de Cornell WOOLRICH 1903-1968

C’est le maître du roman à suspense. Plus tard, il sera suivi par Patricia HIGHSMITH, BOILEAU-NARCEJAC, JAPRISOT, MONTEILLHET...

D’après BOILEAU et NARCEJAC, le suspense se définit par les termes de menace, attente, poursuite s’appliquant à la victime et non au détective ou au criminel. La victime innocente est au premier plan, le meurtrier en puissance se tient derrière, le plus hideux possible et à l’arrière plan, presque invisibles le détective travaille obscurément. Son oeuvre

1935 Danse macabre
1940 La mariée était en noir
1942 Lady fantôme
1943 Ange
1944 Une peur noire L’heure blafarde
1947 La sirène du Mississipi
1948 J’ai épousé une ombre.

L’enquêteur est soit un homme qui lutte pour sauver sa propre peau, soit un de ses proches qui tente d’empêcher son exécution. L’enquête qui est ailleurs recherche de la vérité, est ici course contre la montre et apaisement d’une angoisse.

Identification du lecteur au personnage par la noblesse ou le caractère pathétique de la cause, la personnalité sympathique du héros victime par l’usage du suspense. Soit le héros est condamné mais n’est pas coupable : il n’a que quelque heures pour s’en sortir ; soit le héros est coupable mais il a été acculé au crime par le chagrin (Vengeance dans "La mariée était en noir" : elle a vu tuer son mari à la sortie de l’église et se venge minutieusement). Le personnage inspire tendresse ou pitié. De plus des artifices pathétiques renforcent sa personnalité : amnésie, cécité, drogue, enfants vieillards, infirmes... L’auteur ne joue pas seulement avec les nerfs du lecteur mais aussi avec son coeur.

La peur est celle de l’inconnu, de la mort ou de perdre ce que l’on aime. Suspense : art de transposer l’angoisse de l’univers imaginaire à la conscience du lecteur. Le mystère dans le roman policier éloigne le lecteur des personnages ; le suspense les rapproche.

Le Suspense :

1. Une situation sereine dans un décor apaisant avec le germe d’un malheur..

2. On décrit tous les dangers à affronter les difficultés.

3. Un terme est fixé par avance et ce terme approche : le suspense s’accroît au delà de cette date l’échec sera sanctionné par la mort.

Les thèmes de prédilection d’IRISH : substitution d’identité, erreur judiciaire, attente d’une menace inconnue.

C’est un combat initiatique : les personnages remportent une victoire sur eux-mêmes. Ils retrouvent grâce à cela les valeurs perdues : pureté, bonheur, foi dans la vie.

Hyper-sensibilité des personnages, 6ème sens, messages de l’inconscient qui vont jusqu’aux hallucinations. Etres tourmentés et névropathes.

Quant à l’écriture elle relève de la poésie :
Incantations poétiques : " Elle aimait peut-être ce type là.

Oh oui elle l’aimait !
Oh oui elle l’aimait !
Oh oui ! oh oui ! "
Métaphores : "Ses yeux étaient semblables à deux gouttes d’épouvante"

Couleur et tonalité de chaque livre : Bleu pour j’ai épousé une ombre. Gris pour l’heure blafarde ; bleu gris pour la sirène du Mississipi plus de nombreux crépuscules orangés... C’est l’impressionniste du roman policier : paysages à la Monet, portraits de femmes à la Renoir ; variation des éclairages.

La Mort est personnifiée : "La mort en talons hauts" ; elle fascine. La beauté et la mort sont enlacées ; paysages crépusculaires parcourus par un festival d’ombres et de lumière mais où l’on s’entretue. C’est une méditation à voix haute sur la mort mais dans le seul univers où il soit possible de la contempler sans dommage : l’univers du roman policier.

Pour Irish, le monde n’est que cauchemar dominé par les forces destructrices, des forces contre lesquelles il est inutile de se battre, inutile même d’engager ce qui est bon dans l’être humain.

WOOLRICH a vécu une existence à l’image de ses romans : extrêmement introverti, il habitait avec sa mère Claire, dans un hôtel et ne sortait que par obligation. Sa vie quotidienne était dominée par la personnalité écrasante de Claire Attalie Woolrich alors que dans sa vie intérieure et surtout dans son travail d’écrivain " se reflétaient en dessins tourmentés les interdits et les frustrations qui l’opprimaient "

LADY FANTOME 1942

Après une violente querelle avec sa femme, Henderson prend la porte et invite la première femme qu’il rencontre dans un bar à passer la soirée avec lui. Il ne lui demande pas son nom. Il l’emmène dîner au théâtre puis de nouveau dans un bar où ils se quittent avec la mutuelle intention de ne jamais plus se revoir. A son retour chez lui,, Henderson trouve sa femme assassinée et la police qui l’accuse du meurtre. Pour se disculper il lui suffit de prouver qu’il a passé la soirée en compagnie d’une femme. Mais personne ne se souvient d’elle, personne ne l’a jamais vue. La femme semble s’être volatilisée. L’unique espoir d’Henderson pour échapper à la chaise électrique est de retrouver se fantôme, de donner un visage et un nom à une femme qu’il commence lui-même à prendre pour le fruit de son imagination…

Erle Stanley GARDNER (1889-1970)

Criminologiste, juriste, c’est le père de Perry Mason, "l’avocat du diable" (juriste défenseur des faibles et des persécutés). Sous le pseudonyme de A.A. FAIR il est le père de Donald LAM (série de 29 romans). C’est aussi le créateur de la Cour du dernier espoir (juristes qui re-étudient des affaires inexpliquées ou plaident la cause d’innocents injustement accusés.)

Ed MC BAIN (1926) Pseud. d’Evan HUNTER

Ses romans les plus connus sont centrés sur le commissariat d’un fantomatique 87ème district de la ville d’Isola avec l’inspecteur Carella. Le héros n’est plus un policier mais la police toute entière. Ce district est un microcosme humain, un groupe d’hommes avec leurs défauts, leurs désirs, leurs joies et leurs douleurs ; des hommes incorruptibles. Il est aussi le scénariste des " Oiseaux "..

Le ROMAN CRIMINEL CLASSIQUE AMERICAIN A L’EPOQUE DU ROMAN NOIR

Dans le même temps, certains écrivains américains continuent à faire du roman criminel classique : comme John Dickson CARR, Rufus KINC, Helen REILLY et Ellery QUEEN Ellery QUEEN, c’est le pseudonyme de Manfred B. LEE (1905- 1971) et de Frederic DANNAY (1905), deux cousins, fils d’immigrés polonais.

Leur détective s’appelle Ellery Queen, lui aussi et il est le symbole de la réussite sociale américaine. Ce sont les rois du casse-tête chinois : avant d’arriver à la solution on ouvre une série de boites successive : technique de la boite dans la boite. C’est une collaboration de 42 ans (pas toujours pacifique) pour écrire une cinquantaine de mystères fidèles à la tradition classique du roman anglais. Mais ils furent aussi les éditeurs des premiers auteurs de roman noir (HAMMETT,)

PENDANT CE TEMPS... EN ANGLETERRE

Le roman noir fait aussi école avec Peter CHEYNEY et son détective Lemmy Caution ; et James Hadley CHASE (René RAYMOND 1906-1984) Pas d’orchidées pour Miss Blandish...

ET EN FRANCE

Le grand nom du roman noir, c’est Léo MALET et son détective Nestor Burma l’homme qui met le mystère K.O. Il a écrit les nouveaux mystères de Paris : I vol. par arrondissement (il en manque encore 5 ?) Après avoir fréquenté le surréalisme l’anarchisme, il invente en France le roman noir en même temps que les américains. On peut citer aussi SIMONIN (Touchez pas au grizzli), LE BRETON, GIOVANNI, SAN ANTONIO (disciple de Nestor Burma), Raf VALLET etc...

En conclusion au roman noir, on peut citer cette phrase de Robert LOUIT "Comme enfin chaque passionné du genre possède son petit panthéon, je voudrais pour conclure donner quelque idée du mien et saluer en Dash HAMMETT le maître, en CHANDLER, l’auteur le plus émouvant, en Horace MC COY le plus engagé, en David GOODIS le plus désespéré, en Jonathan LATIMER le plus délirant, en James CAIN le plus dur, en Jim THOMPSON le plus noir, en Donald WESTLAKE le plus farfelu et en Charles WILLIAMS le plus haletant. Ils ont écrit quelques uns des plus étonnants romans contemporains.

LE NEO-POLAR ET LA NOUVELLE GENERATION EN FRANCE Du " Double assassinat dans la rue Morgue" à "La position du tireur couché ", 140 ans se sont écoulés.

LES AVANT-COUREURS

Jean AMILA et Francis RYCK.

AMILA est un écrivain social dans la tradition populiste. Il raconte déjà la révolte des minorités opprimées. (Paysans chassés par les projets de barrages, mariniers spoliés, délinquants, mères célibataires...) Il est aussi dans la tradition de MC COY et de Léo MALET (Celui de "La vie est dégueulasse", brûlot anarchiste écrit en 1948)

RYCK : Il invente et met au point tous les thèmes dont va s’emparer la nouvelle génération : marginaux mal dans leur peau qui fuient sans but une société conformiste et carcérale qui dans leur fuite ne rencontrent que d’autres paumés et la Mort.

LE NEO POLAR

MANCHETTE fut le premier à faire figurer dans le polar des personnages marginaux et représentatifs de courants gauchistes et anarchistes des années 60. Nada 1972 : les terroristes y sont emblématiques de la volonté de l’auteur de considérer le polar comme "le roman d’intervention sociale très violent".

Ces anti-héros violents en guerre avec la société et ses institutions sont de vrais ennemis publics. La finalité de leur combat est idéologique (ce n’est plus l’argent). Ce qui compte c’est leur rôle de victime. Ce sont les laissés pour compte de la société. Ces auteurs revendiquent l’héritage du roman noir dans ce qu’il avait de plus critique et de plus révolté(Collections sanguine et engrenage.)

Dans les années 70 le policier était ignoble mais somme toute assez neutre. Le début des années 80 passe au crible le rapport de la police et du pouvoir. Certains policiers sont même parfois des hommes de main masqués d’un groupe terroriste d’extrême droite. Dans le polar de 70, les politiciens sont beaucoup moins présents que les policiers ou les notables. Le monde rural est décrit comme xénophobe, sauvage, horrible. Cet univers clos et refermé sur lui-même sert de repoussoir aux marginaux. Le retour aux champs ne débouche en rien sur une vision idyllique. (Varella : " spécial purée " ; FAJARDIE " La théorie du 1% " ; ARNAUD

" L’enfer du décor" ; VAUTRIN " Canicule ")

Mais la ville reste plus que jamais le lieu privilégié du polar ; Seulement ce n’est plus le centre urbain qui prime. L’action se passe maintenant dans les banlieues, la zone, ou les quartiers populaires, voire marginaux. De nouvelles couches sociales sont apparues : les minorités : arméniennes, bretonnes, travailleurs immigrés, délinquants, terroristes, paumés, zonards, trimards, mouisards, loubards, losers, toutes générations confondues. C’est le blues des générations perdues et des vies ratées. Le courant populiste y retrouve une nouvelle vigueur. Aux illusions de Mai 68, le polar répond par un sinistre bilan social et individuel, réquisitoire de toutes les misères de ce temps. Plus émotionnel qu’authentiquement politique, sa charge affective dynamite toujours le romanesque et son boulevard du crime hétéroclite n’en porte pas moins les signes et les témoins de notre temps, même et surtout si la mort attend au carrefour.

Le roman noir était le symbole d’une société où les valeurs avaient été bouleversées mais qui s’accrochait à ses traditions. Le détective était ardent défenseur des lois de l’ordre, de l’idéal de la société. Le succès du polar après les deux guerres correspondait chez le public à un besoin de stabilité, à un désir de retrouver des hiérarchies , de sentir qu’il existe des barrières contre la montée de la pègre.

Puis au fil des années ces certitudes sont effilochés. Il devenait de plus en plus évident que la société actuelle ne valait pas mieux que les précédentes. Les jeunes se tournèrent vers la SF, source d’évasion. Les nouveaux auteurs de polar sont aussi contestataires que les auteurs de SF. Ils nous offrent à la fois l’image d’une décadence de la société d’aujourd’hui et d’une nostalgie pour les polars d’hier.

Jean-Patrick MANCHETTE.

Il publie en 1971 " Affaire N’Gustro " (pourriture des milieux politiques) En 1972 " Nada " : sanglante cavale d’un groupuscule terroriste anéanti par une effrayante répression policière.

Les malfaiteurs sont un groupe d’homme politisé qui braquent, enlèvent et tuent pour un idéal dont ils reconnaîtront finalement l’aspect dérisoire. Les personnages sont névrosés, apatrides, politisés et intellectuels sans cause et tout lecteur peut s’identifier à l’un ou à l’autre des protagonistes. Le flic est un salaud qui ne fait qu’obéir aux ordres du pouvoir.

Tous les ingrédients sont réunis pour que se crée une nouvelle génération.

Puis MANCHETTE crée Tarpon, détective (ex CRS ayant démissionné après avoir tué un étudiant dans une manif en province) 1976 " Le petit bleu de la côte ouest " (Malaise des jeunes bourgeois qui fuient vers une autre vie . )

L’art de MANCHETTE se caractérise par un certain détachement de l’écriture : l’émotion est refusée (comme chez HAMMETT et CHANDLER). L’action prime l’homme se définit par son comportement. Donc pas d’introspection (HAMMETT).

" L’exemple type de cette technique littéraire se retrouve dans " La Position du tireur couché " (1982).

Martin Terrier. tueur fatigué, décide de se retirer du métier, fortune faite. Mais on ne se débarrasse pas aussi légèrement d’un passé aussi lourd. Il sera amené à tuer, tuer encore, tuer toujours. En tuant les autres, c’est lui qu’il cherche à détruire, mais jamais l’auteur ne l’explicite. Au lecteur de tirer ses conclusions.

Dans ce livre, comme dans les précédents, Manchette, outre les cadavres. accumule les détails précis sur les accessoires : types des armes utilisées, marques de voitures et de cigarettes, titres des morceaux entendus à la radio par les protagonistes, etc. Cette profusion de " vrai " confère récit - Peu vraisemblable dans son déroulement- une sorte de " réalisme poétique" évoquant certaines grands films hollywoodiens. Rien n’est croyable, mais le lecteur a envie d’adhérer, de se faire complice de I’auteur, et a besoin de ces éléments véridiques pour Y cramponner le petit bout de sa raison.

Même si l’auteur ne croit guère à ce qu’il écrit, le lecteur y croit, et se passionne. Le but est atteint.

Sur ce plan, I’oeuvre de Manchette s’apparente à certains romans japonais, comportant plusieurs de lecture : le non-dit est souvent plus révélateur que l’exprimé. "

MANCHETTE est donc le maître incontesté du Néo-polar comme MALLET était celui du roman noir.

Le polar est une littérature pour insomniaques et ferroviaire. Jean-Patrick Manchette

Pierre SINIAC (né en 1928)

Il avait déjà publié en 1960 " Monsieur cauchemar ". Trop tôt ; Il fut boudé par le public. Ses héros Luj Inferman et la Cloducque, descendus tout droit de Gargantua et d’Ubu, ou encore du monstre de Frankenstein, étaient vêtus, pour ne plus ressembler à personne, d’un pardessus et de gants de boxe. Ces deux monstres échafaudent d’extravagant escroqueries (7 récits ont pour héros ces deux monstres)

1980 Aime le maudit
1981 Femmes blafardes (chef d’oeuvre de SINIAC)

Influencé par Pierre Very à ses débuts, il a très vite bifurqué pour constituer à lui tout seul une branche de l’arbre généalogique du roman criminel.

Alex VAROUX (né en 1944)

Jon détective se nomme Globule ; et Varoux se place résolument parmi les fantaisistes du roman Policier. 1974 La bête de Trouffignac. Il crée la collection Engrenage, pépinière du Néo-Polar.

Frédéric H. FAJARDIE né en 1947

1979 Tueurs de flics : une petite bombe ! (guérilla entre des policiers et des desperados qui se sont jurés de liquider les premiers par tous les moyen, y compris l’anthropophagie !)

C’est écrit avec un évident souci de style. Fajardie est aussi un grand romantique. Les actes de haine sont souvent adressés, comme un bouquet de roses à une femme aimée.

1979 La nuit des chats bottés.

" Le deuxième roman de Fajardie, La Nuit des chais bottés (1979) est bâti sur le modèle des histoires de chevalerie : un marginal, Stéphan, qui " considère la vie de façon candide ", rencontre Jeanne aux yeux tristes. Pour lui plaire, il va affronter une série d’épreuves, flanqué d’un Sancho géant qui lui obéit au doigt et à l ‘oeil. Il n’a pas de lance mais des explosifs ; pas d’armure mais un char d’assaut. Et le voilà chargeant les moulins de notre société déboussolée : le P.M.U., l’imprimerie nationale, le Sacré-Coeur de Montmartre..."

1982 La théorie du 1%

JEAN VAUTRIN (1933)

Le deuxième grand maître du néo polar. C’est un fervent admirateur de QUENEAU ; c’est aussi un cinéaste (Jean Herman)

1973 A bulletins rouges.
1974 Billy ze kick, où l’invention verbale dirige le récit, mais la contestation y est encore souriante.

" Bloodv Mary (1979) est un poème noir et sang, véritable Guernica banlieusard, peuplé d’insolites et truculents morts en sursis : le Surinformé, qui écoute plusieurs stations de radio à la fois, craint de rater un évènement majeur - alors qu’il se trouve au coeur du cyclone -, l’égoutier qui. frustré de soleil. absorbe des pilules à bronzer, le laveur de carreaux noir, amoureux désespéré d’une femme blanche, inaccessible en haut de son donjon, entrant qui s’identifie à Butch Cassidy... "

1980 Groom : le thèse précédent y est enrichi
1982 Canicule

Comme on le voit, le néo-polar est un vaste cri de dégoût à l’encontre de la société nantie. Mais la civilisation du béton se poétise, avec VAUTRIN qui ajoute des modulations de son cru aux grands thèmes du néo polar.

Hervé PRUDON

Il fait avant tout de brillants exercices de styles (L’attention portée avant tout à l’écriture est aussi une caractéristique du néo-polar)

1978 Mardi gris
1979 Tarzan malade

Les chapitres sont alternativement écrits à la, 1ère 2ème et 3ème personne : je, tu, il. L’écriture prime toujours.

PRUDON s’ingénie toujours à désarticuler le mot et 1a phrase.

I981 Banquise. : il accentue cette tendance au privilège du style jusqu’au délire verbal.

Le polar est une littérature pour insomniaques et ferroviaire. Jean-Patrick Manchette

LE NOUVEAU POPULISME

Un certain nombre de romanciers rejoignent le populisme ancien Léo MALET, AMILA (ensuite récupérés par le roman noir.)

BIALOT Joseph né en 1924

C’est le populisme parisien. Il décrit les différents quartiers de la capitale.

1978 Le salon du prêt à saigner (Le sentier)
1979 Babel ville

Mais ce n’est pas du populisme larmoyant, c’est au contraire plein d’humour.

Alain DEMOUZON né en 1945

Dans la lignée de Pierre VERY. Son détective Nicolas Placard est un anti-héros, grisâtre et paumé. Les décors et les personnages du néo polar sont là mais sans ses extrêmes ; la langue est classique, les crimes suggérés. Adieu la Jolla est un hommage non déguisé à CHANDLER.

1980 Quidam
198I Bungalow
1979 Section rouge de l’espoir

C’est l’anti-Nada : il y égratigne les gauchistes de salon.

Caroline CAMARA

1979 le Désosseur Prend ses sources dans le Paris de Léo Malet.

Marc VILLARD

C’est un populisme désespéré. Il met en scène des losers à la Goodis

1980 Légitime démence
1980 Nés pour perdre
1981 Corvettes de nuit.

LE NOUVEAU ROMAN NOIR

A.D.G. (pseud. d’Alain Fournier)

C’est avant tout un conteur (à la différence de MANCHETTE ; qui est un fignoleur d’intrigues)

En même temps que MANCHETTE écrivait le premier néo polar, il sort " La nuit des grands chiens malades " en 1972 ; ce qui fit dire à la presse qu’une nouvelle génération d’écrivains était née (" Les jeunes loups de la série noire "). C’est un roman fort drôle où une brave communauté berrichonne est révolutionnée par le débarquement d’un groupe de hippies.

1977 Le grand môme Parodie du Grand Meaulnes (car le vrai nom d’A.D.G. est Alain Fournier !)

Son roman le plus abouti est " L’Otage est sans pitié ". Un banquier se prend lui-même en otage pour piller sa propre banque. L’absurdité de la situation sert une satire corrosive des notables de province.

G. J. ARNAUD

C’est un vieux de la vieille école qui a su évoluer avec l’époque. Il se moque des effets littéraires. Il fait peser sur l’homme quelconque la menace occulte des multinationales des ordinateurs, de l’argent tout puissant. Il distille l’angoisse et critique 1a. société.

1972 Un petit paradis
1979 Un noël au chaud.

Son meilleur roman : le Coucou 1978

" Mais c’est dans Le Coucou (1978) qu’Arnaud se surpasse. Dans ce roman, véritable tour de force, un seul personnage principal. Il s’agit d’un anodin chômeur devenu homme de ménage qui, chaque nuit, nettoie les bureaux du même building.

Un jour, par hasard. il y découvre un appartement inhabité. véritable îlot de survie pour hédoniste : réserve de provisions en congélateur, cave bien fournie en grands crus, bibliothèque, télévision, etc. Ce déshérité s’y installe, comme dans un cocon douillet, une matrice préservée de toute agression extérieure.

Il s’agit en réalité d’un piège infernal. On l’habitue volontairement au bien-être. sachant que, menacé d’en être un jour privé, de se voir rejeter dans les ténèbres extérieures, il fera tout pour conserver ses privilèges. Il deviendra donc tout naturellement un tueur docile."

Michel LEBRUN

Il s’intéresse beaucoup au travail des autres (ouvrages sur le roman criminel) mais il écrit aussi lui-même

1966 L’auvergnat
1977 Autoroute
1979 Le géant

Il évite aussi la recherche stylistique, l’écriture doit être au service du sujet et non le contraire (critique du néo polar)

Claude KLOTZ (CAUVIN )

Il crée Reiner : le super héros criminel justicier sans visage, au cerveau hyper développé et doué d’ubiquité (Le nouveau Zorro !)

1978 Darakan

PASTICHES ET HOMMAGES

Dans le néo-polar qui prend le plus souvent très au sérieux son but contestataire, les comiques sont rares.

DANA parodie Nada dans " en attendant le matin du grand soir "

Alexis LECAYE bouscule les mythes dans " Marx et Sherlock Holmes " en faisant rencontrer les deux grands hommes.

LA LITTERATURE POLICIERE EST ELLE DE LA LITTERATURE ?

En conclusion on peut se poser cette question. Revenons à Claude AVELINE : " Les romans littéraires " sont les bons romans, les autres non. Un roman policier n’est pas un bon roman. D’où vient donc que de grands esprits plaise à en lire ? (Double note sur le roman policier) D’après NARCEJAC, un policier s’écrit à l’envers, en partant de la fin, dont l’auteur a d’abord décidé pour remonter vers les Avènements susceptibles d’avoir provoqué cette fin. Une telle technique interdit de se laisser guider par son inspiration et ne permet pas aux personnages d’acquérir une vie propre. Dans son essai intitulé  : "Une machine à lire, le roman policier", il dit que même dans le meilleur roman policier il manquera toujours la spontanéité qui le ferait devenir une grande oeuvre littéraire.

SADOUL, prenant comme exemple "On achève bien les chevaux" contredit Narcejac en disant qu’on sent vivre chaque personnage du livre de sa vie propre. Il cite aussi André GIDE : "La lecture d’une oeuvre littéraire ne doit pas laisser son lecteur à l’instant où il referme le livre dans l’état où il était lorsqu’il l’a ouvert". Sadoul pense donc que les plus grands polars peuvent eux aussi modifier l’état du lecteur !

Et puisque nous parlons de GIDE, pourquoi ne pas le citer puisqu’il lu lui même des romans policiers :

" On peut prendre la mesure de l’énorme succès et de la grande popularité dont Hammett a joui à son époque et qui se poursuit encore aujourd’hui dans ces phrases qu’André Gide a notées dans son journal le 16 mars 1943 :

" Lu avec un intérêt très vif (et pourquoi ne pas oser dire avec admiration) The Maltese Falcon de Dashiell Hammett, dont j’avais déjà lu, mais en traduction, l’étonnante Moisson rouge... de beaucoup supérieure au Falcon, au Thin Man et à un quatrième roman, manifestement écrit sur commande, et dont le titre m’échappe. En langue anglaise, ou du moins américaine, nombre de subtilités des dialogues m’échappent ; mais dans La Moisson rouge, ces dialogues, menés de main de maître, sont à en remontrer à Hemingway ou à Faulkner même, et tout le récit est conduit avec une habileté, un cynisme implacables... C’est dans ce genre très particulier, ce que j’ai lu de plus remarquables je crois bien. "

Toute oeuvre est policière Eugène IONESCO.

Quant à GIONIO il a écrit : "Je donnerais bien tout HEMINGWAY tout DOS PASSOS tout FITZERALD en échange de Chester HIMES."

En fait, dans le roman policiers ou roman criminels les grandes réussites sont aussi rares que dans le reste de la littérature, mais elles existent tout de même.

AVELINE : " Quelques Amis qui ont lu le manuscrit m’ont dit avec satisfaction : "C’est un roman policier " ; d’autres consternés – " Ah mon Dieu, c’est... C’est ce qu’il te plaira, lecteur. Je souhaite simplement qu’à la fin de ce livre tu penses ce que j’aimerais que l’on pense à la fin de tous mes livres : Il ne faut pas en vouloir à l’homme d’être ce qu’il est. Moralité, que tu l’avoueras n’est pas exclusivement policière. "

Bibliographie

Anthologie de la littérature policière de Conan Doyle à Jerome Charyn. Jacques SADOUL. Ramsay

Le Roman criminel : histoire, auteurs, personnages. BENVENUTTI, RIZZONI et LEBRUN. L’Atalante.

Mythologie du roman policier. LACASSIN. UGE 10-18

Magazine littéraire : août 1967, août 70, août 73, avril 83

Dash : la vie de Dashiell Hammett. Richard LAYMAN

Enquête sur le roman policier. Bibliothèques de la Vile de Paris

Revue Polar

Raymond Chandler, le gentleman de la Californie. Frank MC SNANE





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