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God’s pocket
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Pete Dexter
Tag(s) : Littérature nord américaine - Roman noir - Lectures été 2008

Ed. de l’Olivier, 2008 350 p. ISBN : 9782879295565

Philadelphie. Quartier de God’s Pocket. Leon Hubbard meurt sur un chantier. Un peu trop vantard, la lame de rasoir à portée de main, il a provoqué une fois de trop un de ses collègues. Version officielle : accident du travail. Mais sa mère et d’autres gens du coin veulent en savoir plus. L’affaire prend de l’ampleur, la mafia s’en mêle et Richard Shellburn, journaliste spécialisé dans les faits divers, est envoyé par son rédacteur en chef pour mener sa propre enquête.

Avec ce premier livre très autobiographique (et inédit en français), Pete Dexter faisait une entrée fracassante dans la grande tradition du roman noir américain. On y trouve déjà toutes les qualités qui font de lui « le meilleur écrivain américain en activité » (Philippe Garnier, Libération).

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Deparis.




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1 chronique

  • God’s pocket

    7 juin 2008 16:57
    par Thierry Godefroid ( 187 chroniques )

    Voilà enfin le premier roman de Pete Dexter, écrit en 1983 et mystérieusement mis de côté par les éditeurs français jusqu’à aujourd’hui. A tel point qu’on pourrait légitimement imaginer avoir à faire à un premier roman inabouti, un roman de jeunesse que seule la notoriété actuelle de l’auteur aurait permis d’exhumer. Tout faux, car God’s Pocket ne marque pas la moindre faiblesse face aux ouvrages qui suivront en s’intégrant – a posteriori – parfaitement à l’œuvre trop rare de son auteur (6 romans en 20 ans !).

    God’s Pocket, vieux quartier de Philadelphie, semble cultiver sa population en vase clos. Des prolos, pour l’essentiel, qui viennent tous les matins et tous les soirs se murger au Hollywood, le troquet crasseux qui fait face à la petite maison des Scarpato. Jeane Scarpato est du Pocket ; elle vit là à présent avec son fils, un bon à pas grand chose nommé Léon Hubbard, fruit de son 1er mariage, et avec son nouveau mari, Mickey Scarpato, un brave type maladroit et taciturne qui vit de combines plus ou moins légales. Embauché sur un chantier de construction, le gamin à moitié désaxé a la mauvaise idée de menacer de son rasoir un vieil ouvrier noir qui, pour se défendre, lui fend le crâne avec un tuyau. Le patron fait passer ça pour un accident. Autour du macchabée de Léon rentrent mollement dans la danse quelques flics pas très brillants, des mafieux brutaux et stupides et un vieux journaliste paumé, entre autres.

    Pour la première fois, donc, Pete Dexter couche sur le papier dans un texte d’envergure sa vision désenchantée de l’humanité. Mickey, figure centrale du roman, louvoie entre une épouse qu’il ne comprend plus (l’a-t-il un jour comprise ?), ses vagues potes du Hollywood dont la plupart sont torchés du matin au soir, et un ami accro aux courses, comme lui. Les micro-événements se succèdent. Rien de spectaculaire dans le fond, même pas quand la mémé du copain déssoude deux gros bras venus faire la peau à son fiston. Le style économe et juste de Dexter sert admirablement cette errance générale pour mieux explorer la vie intérieure de ses pantins, une vie intérieure parfois si creuse qu’elle saisit d’un vertige déprimogène le pauvre type victime d’un éclair de lucidité. Mieux vaut rester bourré dans ce cas, c’est en substance ce qui doit tourner dans les méninges fatiguées du vieux journaliste dont le modeste rêve de vie normale a fini de perdre toute racine dans l’univers du possible. Les hommes (au sens de l’espèce – c’est à dire les femmes avec) révèlent tous leur incapacité à communiquer véritablement avec leurs semblables. Soit banalement stupides et centrés sur leur petite misère (c’est le cas général), soit tout simplement handicapés face à la complexité de l’autre, comme Mickey face à son épouse.

    God’s pocket, laboratoire d’une humanité ordinaire qui ne tient que par les connexions socialement convenues qui lient entre eux les rôles minables que chacun s’est attribués, God’s pocket, roman de l’incommunicabilité, est atterrant.

    Un mot sur l’édition quand même. Olivier Deparis, sollicité dernièrement pour traduire le fabuleux "Train", fait toujours de l’excellent travail. Les éditions de l’Olivier réussissent une fois de plus une sortie remarquable avec ce Dexter, à peine écornée par une faute d’orthographe (oui, une, mais c’est toujours de trop : "jamais entendu parlé de lui" – p.144) et une virgule qui vient de l’Espace (p.107 : "et, depuis Ray, refusait de parler de sport".).

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