Depuis « Les nuits du fugitif », sorti aux Presses de la Cité en 1995, silence radio. Les onze ouvrages de Joseph Wambaugh traduits en français depuis 1973 s’épuisent peu à peu chez les éditeurs ; les quelques rééditions en livre de poche autour de 1990 connaissent bientôt le même sort. Il y a donc belle lurette que le lecteur Wambophile, novice ou aguerri, n’a plus rien à se mettre sous la dent. Bonne nouvelle, le Seuil semble vouloir remédier à cette situation incompréhensible en faisant traduire le dernier ouvrage du maître, Hollywood Station.
C’aurait pu être une bonne surprise : l’auteur renoue avec l’ambiance de ses premiers romans en s’attachant à suivre une dizaine de flics de la division d’Hollywood, dans le prolongement direct de son chef d’œuvre « Patrouilles de nuit » paru en 1975. On a peut-être l’explication de ce retour aux sources dans la page de remerciements à la fin du livre : remerciements à « l’écrivain James Ellroy, qui me pressa de revenir aux racines du Los Angeles Police Department ». Si la paternité du texte est indéniable, l’auteur semble avoir perdu de son souffle ; sa conviction qui, dans les années 70, aurait emporté le lecteur le plus rétif, s’est un peu émoussée avec les trois décennies passées. Le principal intérêt vient de la réactualisation du contexte, après un certain nombre de scandales montés en épingle dans la presse mondiale relativement à la corruption généralisée qui aurait rongé le LAPD jusque dans les années 90. Pour remettre un peu d’ordre, les autorités n’ont rien trouvé de mieux que ce « pacte du consentement mutuel », sorte de guide de bonne conduite imprégné d’une obsession maladive et « politiquement correcte », celle de démontrer de manière inattaquable l’impartialité des forces de l’ordre dans leur mission. Jusqu’à fixer des quotas communautaires (pour ne pas dire raciaux) dans la population des individus repérés comme suspects – ceux-ci devant comporter une proportion significative de blancs ! Perte de temps et d’énergie, paranoïa rampante… le boulot de flic à L.A. n’est vraiment plus ce qu’il était.
Il y a aussi un certain nombre de scènes fortes, certaines très réussies (la découverte de deux gamins livrés à eux même dans un bel appartement dont l’intérieur a viré au capharnaüm après la désertion de leur mère irresponsable), d’autres sombrant dans le cliché (la scène finale où les cendres du vieux flic sont déversées au dessus de la célébrissime enseigne HOLLYWOOD à flanc de colline).
Mais le gros de ma déception vient de la traduction, d’une médiocrité consternante. C’est à ce demander comment le Seuil a pu laisser partir chez l’imprimeur un texte aussi bancal. Les relecteurs ont-ils à ce point perdu toute faculté de discernement ? Je ne compte pas les phrases mal fichues (malgré une syntaxe à peu près correcte) qu’il faut relire trois fois pour en comprendre le sens, ni les dialogues ridicules – le bouquin attaque d’ailleurs très fort dans le genre. Certes, dans ce dernier domaine, le père Wambaugh n’est pas un client facile, mais d’autres traducteurs s’en sont pourtant très bien tirés avec les ouvrages précédents. Ce manque de respect pour ses lecteurs n’est vraiment pas à l’honneur de l’éditeur, qui nous a par ailleurs habitué à bien mieux. Et à 21,50 euros la pièce, un tel défaut qualitatif est un particulièrement irritant. En espérant vivement des rééditions et de nouvelles traductions autrement plus soignées.
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