Je ne lis que rarement des romans...mais dès le départ, le prénom de l’héroïne, Madhuban, m’inspire un frisson poétique que la personnalité de cette jeune femme ne démentira pas. Madhuban : le nom du village où vivaient Radha et Krishna et où le « sombre » et lumineux Seigneur charmait toutes les gopis, jeunes filles ardentes, rendant sa parèdre Radha brulante de jalousie, dans un jeu divin d’une sensualité délicieuse. C’est ainsi que Madhuban nous emmène avec elle, ses jeux de miroirs et son âme passionnelle, dans l’éternel forêt du jeu sensuel.
Au cÅ“ur même de cette forêt aux racines renversées, la France. Ou plutôt le rêve français : Paris, sa culture insolente, ses poètes illustres, sa liberté. Paris et son exotisme, ses tentations. Paris et ses hommes. Ses déceptions aussi. Car pour Madhuban, depuis l’enfance rêveuse jusqu’à la relation sulfureuse avec un diplomate français marié et l’exil à Paris, "l’autre nom du bonheur était français"...
Créant une passerelle subjective entre le pays de Tagore et celui de Voltaire, de Calcutta à Saint Germain des près, "Fenêtre sur l’abîme" nous plonge dans un univers aux parfums mêlés, où s’épousent sueurs amoureuses et fièvres identitaires, dans un espace-temps distendu, où se rejoignent les poètes français de la deuxième moitié du vingtième siècle et une poésie indienne intemporelle, dans le trait d’union de l’héroïne.
Dans ce premier roman écrit directement en français, la langue singulière de l’auteur flirte avec le lecteur qu’elle interpelle sans distance, au rythme d’un indo-french-kiss ininterrompu mêlant la douceur du miel ("madhu" signifie "miel" en sanskrit) et la douleur existentielle d’une âme d’ici et d’ailleurs, soumise aux vertiges de l’abîme qui se creuse...
Un livre qui s’adresse à tous les malades du siècle, pris dans le jeu de l’existence, en quête du je qui est un autre.
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