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envoyer par mail à un amiZolma, Jérôme de son prénom, est un banlieusardméridional né en 1962. Ingénieur de formation, il s’oriente vers l’enseignement après avoir exercé quelques années dans l’industrie agroalimentaire. Passionné de romans policiers, il se lance dans l’écriture et publie en 2006 un premier polar, Croisière jaune, aux Editions Krakoen. Il récidive l’année suivante avec Mistral cinglant, toujours avec la même héroïne, Lily Verdine.
Zolma, bonjour ! Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Zolma, 45 ans, professeur des écoles, ex-banlieusard, ex-ingénieur agronome, installé en Provence depuis bientôt vingt ans. J’ai vécu toute ma jeunesse en banlieue parisienne, au cÅ“ur de ce qu’on appelait la banlieue rouge. J’ai pris le métro pendant des années pour aller au bahut. Et puis mes études et ma première profession m’ont entraîné en province. Nantes, la Bretagne, le Limousin et enfin la Provence. C’est un retour aux sources, mes ascendants étant originaires du Languedoc voisin. J’ai aussi travaillé deux ans en Algérie, une expérience riche qui m’a amené à m’intéresser à l’histoire de ce pays. Il y a quelques allusions dans « Mistral cinglant », d’ailleurs.
J’ai toujours aimé écrire, il y a même quelques profs qui m’avaient trouvé un certain style, c’est sûrement grâce à leurs remarques anodines glissées sur la marge d’une copie que j’ai eu assez de confiance pour insister. Mes premiers écrits structurés datent d’une vingtaine d’années, j’ai donc pas mal de choses en stock, sans aucun doute à retravailler, mais qui méritent de s’y pencher. Depuis cette époque, j’y consacre une partie de mes loisirs.
Certains chroniqueurs ont qualifié Lily Verdine de « frangine » de Nestor Burma. La voyez-vous comme ça ?
J’ai découvert Léo Malet et Nestor Burma au début des années 80. J’ai lu à peu près toute sa production en commençant par la trilogie noire. Son parcours, dans une France ouverte aux grandes idéologies d’avant-guerre m’a beaucoup intéressé et le personnage de Burma avec. J’ai très vite accroché aux intrigues, souvent situées dans un milieu populaire, ce qui leur donne beaucoup de crédibilité. Il y a aussi les ambiances d’un Paris des années 50. On lui reproche des remarques racistes, il y en a effectivement. C’est une ombre au tableau. Lily ne suivra pas Nestor sur ce chemin.
Un petit conseil : « Brouillard au pont de Tolbiac », par exemple et les BD de Tardi qui sont superbes.
Le rapprochement Lily Verdine - Nestor Burma est donc forcément flatteur pour moi. J’espère qu’elle vivra aussi longtemps.
Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas sa langue dans sa poche. Et qu’elle a un talent certain pour se dépêtrer de situations « délicates ». Pourtant, on sent chez elle une certaine « fragilité »â€¦
Je ne voulais surtout pas qu’elle règle ses difficultés à coup de poing et de pétard. Ça implique des chemins détournés et une fragilité qu’elle ne peut pas masquer. Elle est rebelle, courageuse et surtout, elle doute. J’ai horreur des personnalités monolithiques qui n’hésitent jamais.
Vous avez choisi une femme comme narratrice et personnage principal. Y a-t-il une raison particulière à ce choix ?
Au départ, ce choix me permettait de me démarquer d’un certain classicisme. Il y a peu de femmes parmi les détectives de roman. D’autre part, comme je l’ai dit, j’aime les gens qui assument leurs doutes. Une qualité qu’on retrouve assez peu chez les mecs. Je sais comme on dit dans les commissariats, que c’est vous qui posez les questions, mais sur le sujet, j’aime bien inverser les rôles : « poseriez-vous la même question à Vargas, à Agatha Christie ou à tant d’autres femmes dont les héros sont des hommes ? Pourquoi est-ce surprenant qu’un homme choisisse un personnage principal féminin alors que l’inverse paraît naturel ?
Vos romans sont truffés d’expressions pittoresques, drôles et, même si le fond est noir, on ne peut s’empêcher de sourire en « écoutant » vos personnages. Est-ce que vous parlez comme eux dans la vie ?
Desproges pour qui j’ai la plus grande admiration disait « on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». C’est un peu pareil, dans certaines situations avec certaines personnes, je mets ma gouaille en sourdine, j’adopte un langage plus soutenu. Quand j’étais môme, les vieux méridionaux de ma famille parlaient patois pour raconter des blagues ou pour s’engueuler. Je fais comme eux, si je balance de l’argot et des expressions imagées, c’est que je suis en pleine bourre. Ou en train de disjoncter. Dans l’écriture, il y a du spontané, de la recherche aussi, ça fait partie du travail. J’aime bien en fait relier le langage soutenu et familier. Clair-obscur, sucré-salé, c’est la mode.
Lily Verdine a tout pour devenir un personnage récurrent. Pensez-vous déjà à un troisième opus ?
Oui. Il campe dans un de mes hémisphères. L’intrigue est prête, je m’y mettrais dès que j’aurai fini mon troisième roman avec d’autres personnages. J’avais envie de laisser Lily se reposer. Une certaine peur de s’enfermer, certainement. C’est en cours, on verra, mais Lily reviendra bientôt.
On dit souvent que le deuxième roman est une étape délicate. Celle où « il ne faut pas se louper »â€¦ Il me semble qu’avec Mistral cinglant, vous avez fort bien franchi le cap…
Merci. Je ne peux pas juger, l’accueil est bon pour l’instant. Il y a du réachat comme on dit dans les colloques de mercatique. Une certaine fidélisation des lecteurs de « Croisière jaune » qui en redemandent. Certains m’ont même dit « c’est encore mieux ». Je ne me prononce pas, restons modeste, mais ça fait plaisir. D’autant que dans les semaines avant la sortie, pendant les relectures, quand on repasse une énième fois sur les mêmes phrases, le doute est cette fois un compagnon un peu lourdingue. C’est cette phase qui est délicate à gérer, plus que pour le premier. On a l’impression de devoir prouver quelque chose. Et l’aspect nouveauté-curiosité ne joue plus. J’avoue que les premières réactions m’ont plutôt rassuré. Maintenant, il faut étendre le lectorat… et ne pas se rater pour le troisième. De toute façon, on n’a pas intérêt à s’installer dans le confort.
Vous avez également publié un recueil de nouvelles, « Merci Patron… » Dans un registre bien différent.
C’est un recueil de nouvelles, dont une, un peu plus longue constituait déjà un court roman. Dans « Merci patron », j’avais opté pour la loufoquerie avec un fort désir d’expression politique. Je fais parler des bactéries dont une a déjà le caractère de Lily Verdine. C’est sans doute une des rares bactéries que je connaisse franchement marxiste. Ce bouquin étant épuisé, on tentera peut-être une réédition au moins de la nouvelle principale. Je pense que cette histoire vaut par son extrême originalité et je crois qu’un de ces jours, je me permettrai de repartir sur un truc aussi farfelu.
Vous avez choisi de publier aux Editions Krakoen. Pouvez-vous justifier ce choix ?
— Je dois ma rencontre avec Krakoen et Max Obione à Franck Membribe (auteur de Cubaine et de Timgad). Franck me précède de quelques mois dans son parcours littéraire. On était chez le même éditeur pour notre premier livre et on s’est rencontrés dans un salon. On a vite senti qu’on partageait pas mal de choses, nos parcours littéraires, nos difficultés, nos espoirs. À l’époque, il venait de proposer « Timgad » à Krakoen et il m’a conseillé d’en faire autant pour « Croisière jaune ». Ce qui fut fait et qui m’a mené jusque là .
Maintenant, la structure Krakoen me plaît. Son mode de fonctionnement un peu à côté (je n’ai pas dit en marge) des structures traditionnelles correspond tout à fait à ce que je recherche. J’espère qu’on parviendra à améliorer notre diffusion, les auteurs Krakoen ont vraiment des qualités indéniables et une originalité exceptionnelle, je pèse mes lettres.
Si ce n’est pas trop indiscret, quel est votre meilleur souvenir en tant qu’auteur ?
Le jour où j’ai reçu un premier exemplaire de « Croisière jaune ». La couverture est toujours soignée chez Krakoen, j’étais assez fier du produit fini. Ça faisait vraiment plaisir d’avoir bouclé l’aventure et d’avoir un bel objet entre les mains qui sentait le massicot et l’encre fraîche.
Et… le pire ?
Actuellement, j’écris avant tout pour me faire plaisir. Je n’ai pas encore de mauvais souvenir. Ça viendra. Pour répondre quand même, je vais citer un souvenir de salon littéraire dans un lieu balnéaire où il y avait plus d’auteurs que de public. Les gosses entraient avec le tuba qui dépassait du sac de plage. La journée fut longue, mais j’avoue que tout ça reste dans le domaine du supportable.
Zolma, merci pour votre participation et longue vie à Lily Verdine ! Je précise que l’on peut vous retrouver sur votre site Internet : http://zolma.monsite.wanadoo.fr/