Ca fait longtemps qu’on n’a pas parlé de notre Irlandais préféré. Avant de continuer la lecture des aventures du déjanté Jack Taylor, un petit post sur un ouvrage "hors-série" du natif de Galway.
Tout comme dans Hackman blues , Ken Bruen nous emmène faire un petit tour à Londres. Avec un tel guide, inutile de dire que la visite sort des sentiers balisés par l’office de tourisme de la capitale anglaise...
Mike Shaw, le narrateur de cet En effeuillant Baudelaire, est un simple comptable, sans illusion, qui mène une vie étriquée et monotone, chose dont il est parfaitement conscient. Un soir de désoeuvrement, il rencontre dans un pub Laura, jeune fille délurée, aux manières directes et au langage souvent relâché.
Fasciné par cette rencontre, Mike s’en confie à Brad, son brillant ami d’enfance et homosexuel assumé, qui le met en garde étant certain que cette fausse ingénue s’avèrera être la source de nombreux problèmes.
Peu importe, Mike rappelle Laura qui, visiblement, si elle n’a plus trop de souvenirs de lui, accepte néanmoins de le revoir. Après une sortie des plus avinées, les deux tourtereaux se rendent chez la Belle, tombent nez à nez avec Harry, le père de la demoiselle qui se révèle être un individu fantasque, tant dans ses vêtements, que ses paroles ou ses manières. Vieux beau sur le retour, fan absolu de Baudelaire, riche et influent, Harry débarrasse le plancher rapidement : il doit aller retrouver une de ses conquêtes. Laura et Mike font ce qu’ils ont à faire mais ce dernier comprend vite que le caractère guerrier de la sexualité de le jeune fille est lié à Harry et que l’ensemble n’est pas joli, joli...
Finissant par gagner la confiance du père qui voit en lui un brillant avenir, de la fille qui sent qu’il est plus que ce petit comptable très anglais, puis d’une mère pas si innocente qu’elle n’y paraît, Mike va se trouver entraîné dans une histoire où vont se mêler l’argent facile, le sexe, la défonce sous toutes ses formes, la trahison, les morts violentes et la manipulation. Reste à savoir qui gagnera à ce jeu du manipulateur, qui dominera l’autre, qui se fera "baiser", au propre comme au figuré, pour employer la terminologie de l’auteur.
Avec Ken Bruen, on est toujours bien servi : une écriture vive et percutante, un sens de la formule et des bons mots aigu, une galerie de personnages tous plus barrés les uns que les autres sont en général au menu. Ce roman n’échappe pas à la règle.
En outre, notre auteur ne s’embarrasse pas de tergiversations, de tours ou de détours au niveau de l’intrigue. Il va droit au but et entraîne son lecteur dans une sorte de tourbillon narratif hallucinatoire tout en maîtrisant les éventuelles sorties de route. Au pire, il s’en sort par un habile rebondissement qui, loin de nous pétrifier, nous fait décoller à l’image des lignes de coke que les uns et les autres inhalent joyeusement.
Soumis à une telle déferlante, on risque cependant d’occulter la dimension sociale de l’oeuvre. Non pas que Bruen verse dans la dénonciation militante façon "poing levé" car cela n’est pas le genre de la maison.(...°
Voir en ligne : En effeuillant Baudelaire
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