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Donald Westlake est un géant de la littérature policière. Né à Brooklyn en 1933, il publie son premier roman noir en 1960. Pendant quelques années, il imite le style des grands anciens, jusqu’en 1970 où il trouve le ton Westlake avec Pierre qui brûle (The Hot Rock), début d’une série humoristique consacrée au cambrioleur de génie, renfrogné et malchanceux, John Dortmunder. Il se fait ensuite connaître essentiellement comme le maître américain du polar hilarant. Même ceux qui décelaient déjà l’humaniste et le moraliste sous l’humoriste sont soufflés en 1998 par la parution en France du magistral Le Couperet (The ax). Il y raconte l’histoire de Burke Devore, cadre prospère d’une cinquantaine d’année dans une usine de papier qui, suite à une « compression de personnel », se retrouve au chômage. Il croit un temps qu’il lui sera facile de retrouver un boulot, que la société lui doit bien ça, mais comme le lui explique une conseillère en communication : « Un boulot, un salaire, une bonne vie bourgeoise, ce n’est pas un droit, c’est quelque chose qui se gagne […] Vous devez vous répéter sans arrêt : « Ils n’ont pas besoin de moi, c’est moi qui ai besoin d’eux » ». Alors Burke Devore va tirer pleinement les leçons d’une société qui répète, à satiété que la fin justifie les moyens et qu’il faut se battre pour obtenir ce qu’on veut. Lui veut un boulot pour faire vivre sa famille. Il a repéré dans un article spécialisé quelqu’un qui a le travail qui lui irait. Donc il le tuera, et pour être certain de lui succéder, il fait paraître une fausse petite annonce pour le boulot en question, récupère les CV des candidats, et décide de commencer par tuer ceux qui ont un meilleur CV que le sien. Il sait qu’il s’en prend à des innocents, que « L’ennemi ce sont les patrons d’entreprise. L’ennemi ce sont les actionnaires. Ce sont toutes ces sociétés anonymes, et c’est le besoin de rendement des actionnaires ». Mais comme son but n’est pas de rendre justice, mais de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, il éliminera un à un ses concurrents potentiels. Voilà un excellent exemple de la force du roman noir comme critique sociale : Donald Westlake utilise son immense talent de conteur pour démonter avec une précision et une lucidité implacables les mécanismes de notre société individualiste uniquement motivée par le profit. Le lecteur ne peut lâcher le livre, oscillant en permanence entre dégoût et sympathie, espérant que Burke se fera prendre, puis qu’il réussira, jusqu’à la dernière page.
Pour autant, il serait dommage de passer à côté des autres romans de cet auteur. Il est si difficile de faire rire, et on en a tellement besoin. La bibliographie ci-dessous donne quelques pistes, parmi les dizaines d’ouvrages qu’il a publié. Les références biographiques et bibliographiques sont tirées de l’indispensable Dictionnaire des littératures policières de Claude Mesplède.
Bibliographie : Le couperet (The ax), Rivages Noir.
Aztèques dansants ( Dancing aztecs), Rivages Noir / Smoke (Smoke), Rivages Noir.
Série Dortmunder : Pierre qui brûle ((The Hot Rock), Série Noire, réédition en Folio / Histoire D’os (Don’t ask), Rivages Noir / Mauvaises nouvelles (Bad news), Rivages Thriller.
Claude Mesplède, Dictionnaire des littératures policières, Joseph K.