Ayant énormément apprécié le dernier volume de John Harvey paru en France, je comble mon retard en ce qui concerne cet auteur britannique en m’attaquant à la série mettant en scène Elder, un ancien inspecteur d’une cinquantaine d’années qui, après trente ans de service, a démissionné et fait valoir ses droits à la retraite.
Retiré en Cornouailles, il a rompu avec sa femme Joanne qui, de toutes façons, allait le quitter pour vivre avec son amant de longue date, Martyn.
Attaché à conserver des liens avec Katherine, sa fille de seize ans, Elder est tout à son plaisir quand celle-ci, au début de De chair et de sang, vient lui rendre visite dans son cottage de bord de mer. Le père et la fille, malgré la maladresse de l’un et la fougue toute adolescente de l’autre, vont essayer de mettre à profit ces quelques jours pour se retrouver, en quelque sorte.
Seulement, Elder, au caractère taciturne, solitaire et à la limite de la misanthropie, est hanté dans son sommeil. Littéralement. Un cauchemar récurrent, par le récit duquel Harvey ouvre magistralement le roman, l’ancre dans le passé : il n’a pas contrairement à la promesse faite à ses parents retrouvé Susan Blacklock, jeune fille de 17 ans, probablement victime d’un duo de "violeurs-assassins" qui, s’ils ont bien reconnu avoir tué Lucy Padmore, une autre adolescente, ont toujours nié leur implication dans la disparition de Susan. Une affaire vieille de 13 ans mais qui ne laisse aucun répit à Elder, torturé par la culpabilité.
Maureen Prior, son ancienne seconde, l’appelle à l’un des pubs où il a ses habitudes : Shane Donald, l’un des auteurs de ces crimes particulièrement horribles et mineur lui aussi à l’époque, bénéficie d’une libération conditionnelle.
L’ex-inspecteur principal voit, dans cette nouvelle, l’occasion de reprendre les choses où elles en étaient restées à l’époque, comptant peut-être sur Donald pour y voir plus clair.
Cependant, "démasqué" par un des pensionnaires de ces foyers très spéciaux réservés aux anciens détenus en conditionnelle, ce dernier choisit, afin de ne pas céder au chantage qu’on entend exercer sur lui, de fuir et de tenter sa chance seul.
Parallèlement, Elder, avec l’approbation de ses anciens collègues, va revenir aux sources : partir du lieu où Susan a été vue pour la dernière fois, reconstituer son emploi du temps, remonter plus loin encore. Afin de comprendre ce qu’il a pu, à l’époque, ne pas saisir.
Harvey, dans ce long mais jamais ennuyeux roman, construit un récit millimétré, précis, fait de multiples épisodes centrés principalement sur un retour vers le passé pour Elder et une fuite en avant pour Donald. Mais pas seulement.
En effet, outre ce qui finit par virer à l’obsession pour l’ancien flic, l’écrivain anglais n’oublie pas que son héros vit aussi dans le présent, qu’il a également des préoccupations bien actuelles, comme ses relations avec sa fille, sa femme, qu’il n’a pas vraiment cessée d’aimer malgré une forte rancoeur ressentie pour elle, ou bien encore Helen, la mère de Susan, inconsolable mais digne dont il va se rapprocher...
De même, Angel, jeune fille désoeuvrée, paumée, baladée dans sa jeunesse de familles d’accueil en foyers, rencontrée chez des forains par Donald semble constituer une issue pour lui, la promesse d’un futur enfin moins noir. Pour un temps en tous cas...
John Harvey prend son temps, laisse vivre ses personnages, ne force jamais le rythme tout comme il l’accélère quand cela le justifie.(...)
Voir en ligne : de chair et de sang
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