Deuxième volume de la trilogie consacrée à Frank Elder, De cendre et d’os emmène l’ex-inspecteur désormais retiré en ermite en Cornouailles à Londres.
Le roman s’ouvre sur une opération de grande envergure : les policiers de la capitale s’apprêtent à intervenir afin d’arrêter James Grant, un voyou de haut vol qu’ils n’ont jamais réussi à coincer. C’est la mobilisation générale, les grands moyens sont déployés, tout a été pensé, mesuré, évalué. Las, l’intervention tourne au massacre : un jeune inspecteur meurt et Maddy Birch, une ancienne collègue proche d’Elder, est à deux doigts de subir le même sort. Seule la promptitude de Mallory, le commissaire principal qui abat Grant au bon moment, la sauve.
Dans le même temps, Elder quitte provisoirement sa retraite et prend le chemin de Nottingham. Joanne, son ex-femme, a fait appel à lui car elle est inquiète : Katherine, leur fille de 17 ans, rentre régulièrement à l’aube, quand elle ne découche pas, s’est acoquinée avec des individus oisifs et peu recommandables et exclut de plus en plus sa mère de son existence. Accablé par le poids de ce qu’a subi Katherine et dont il endosse la responsabilité, Elder ne peut que tout faire pour sa fille.
Maddy, elle aussi, a du mal depuis l’opération qui aurait pu être sa dernière : elle commence à se demander si elle n’est pas suivie, si quelqu’un ne chercherait pas à lui nuire. Cédant tantôt à l’angoisse ou, a contrario, estimant que c’est le choc qui la rend paranoïaque, elle trouve un réconfort solide auprès de Vanessa, une collègue insouciante et enjouée, à qui elle se confie un peu.
Las, Maddy est retrouvée un jour sauvagement assassinée au pied d’un talus surplombant une voie ferrée depuis longtemps inutilisée.
Entendant la nouvelle, Elder fait appel à Framlingham : il veut prêter main forte à la police car, entre Maddy et lui, la relation était plus que bonne même si elle n’a jamais basculé dans l’intime.
D’abord réticente et peu emballée par la présence de cet ex-policier qui reprend temporairement du service, Karen Shields, la jeune divisionnaire de la Criminelle d’origine jamaïquaine, accepte finalement Elder. Un flic expérimenté, même en retraite, peut toujours apporter quelque chose dans une histoire où les pistes paraissent, a priori, bien peu nombreuses...
A l’image de ce début qui prend son temps pour établir la trame de l’histoire, De cendre et d’os est caractéristique des constructions narratives qu’imagine Harvey habituellement.
Les personnages sont présentés posément, sans heurts, sans esbroufe langagière mais avec patience et minutie.
Le lecteur, familier ou non de l’écrivain britannique, sait qu’il s’engage dans un roman où les histoires (et pas l’histoire) se croisent, se retrouvent, se séparent ou simplement suivent leur chemin propre. Et, en effet, si la résolution du meurtre de Maddy Birch constitue l’épine dorsale du livre, il est difficile d’en qualifier l’intrigue de "principale" tant d’autres ramifications font sens ici. A commencer par les épisodes projetant au premier plan Katherine, ses dérives et ses difficultés à renouer des relations avec un père qui l’aime infiniment. Mal, certes, mais infiniment quand même.
Ce talent d’architecte, de constructeur de récit qu’Harvey possède sans conteste se vérifie d’autant plus que l’on ne se perd jamais dans ce qui ne pourrait devenir, sous la plume d’un médiocre faiseur, qu’un enchevêtrement inextricable. Il faut plus que du simple travail ou de l’habileté pour faire tenir debout ce grand ensemble de circonstances, d’intrigues secondaires, criminelles ou plus personnelles, à l’image des affres affectifs des uns et des autres.(...)
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