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« Hammett a délogé le meurtre des palais vénitiens pour le "balancer" dans la rue ; non pas que le crime doive y traîner indéfiniment mais il était bienvenu de se défaire le plus possible des chichis bourgeois d’Emily Post. Au cours de presque toute sa carrière, il écrivit pour un public qui entretenait une attitude tranchée, agressive, envers la vie. Ce public ne redoutait pas l’immoralité du monde, celle-ci faisait partie de son quotidien. La violence ne le choquait pas, il la retrouvait en bas de chez lui. Hammett remit le crime entre les mains d’assassins dissimulant de solides mobiles et utilisant les moyens à leur disposition ; adieu cadavre exécuté arbitrairement à coups de pistolets de duel sculptés, de curare ou de poison tropical. Dans ses livres, il décrivit les gens tels qu’ils étaient et il les fit penser et parler, dans ses intrigues, avec le langage qui leur était familier. Il avait son style personnel, bien que son public ne s’en aperçût pas puisqu’il utilisait une langue soi-disant dépourvue de titres de noblesse. »
Raymond Chandler, « Le crime est un art simple », 1944.
L’écrivain américain Dashiell Hammett est considéré comme le fondateur du roman noir. Né en 1894 dans une famille pauvre, il passe sa jeunesse à Philadelphie. Après plusieurs petits boulots, il devient détective privé pendant six ans au sein de la célèbre agence Pinkerton, expérience d’où il tire l’essentiel de son inspiration. Sa brève carrière littéraire se termine en 1934. Accusé de communisme, il est envoyé en prison pendant la Chasse aux Sorcières maccarthyste. Alcoolique et tuberculeux, il meurt en 1961.
Dès son arrivée à Poisonville, le détective de l’agence Continental de San Francisco constate d’abord que le client qui l’a fait appeler vient d’être abattu, ensuite que la ville entière est aux mains d’une bande de gangsters.
Pour assainir le bled, avec l’aide involontaire de Dinah Brand, courtisane locale numéro un, il met au point une méthode infaillible : dresser les truands les uns contre les autres jusqu’à élimination totale.
envoyer par mail à un amiDixit Chandler. "HAMMETT a sorti le crime de son vase vénitien et l’a flanqué dans le ruisseau". HAMMETT a remis l’assassinat entre les mains des gens qui le commettent pour des raisons solides et non pour fournir un cadavre à l’auteur. Qui le commettent avec les moyens du bord et non avec des pistolets de duel ciselés à la main, du curare ou des poisons tropicaux Il colla ces gens sur le papier tels qu’ils sont dans la vie et il leur donna le style les réactions qui sont habituellement les leurs, dans des circonstances données.
Au roman du discours il oppose le roman du regard avec toutes les conséquences qui en découlent. HAMMETT ne sollicite pas l’intelligence du lecteur mais ses nerfs ou ses tripes ; il néglige la perception au profit de la sensation. Les personnages ne se définissent plus par une psychologie des connaissances un caractère dont l’auteur ne dit rien mais par ce qui tombe sous le regard, particularités physiques signalées dès la première apparition : "Le grand pochard aux oreilles rouges" ou "Une grosse bouille ronde avec des yeux verts clignotants".
C’est un monde d’humour, d’ironie nonchalante, d’action. Les personnages : faune trouble des faubourgs, entrepôts, maisons vides, rues dangereuses et garnis crasseux. Rien de l’univers petit-bourgeois du roman problème. Tradition du roman poursuite, du hold-up. Chantage ; recherche d’une personne disparue ...
Il y a contradiction entre la violence et le froid détachement de l’écriture qui l’enregistre. Violence mais aussi lassitude qui débouche sur le scepticisme et la duplicité. Cette littérature est le pur produit d’un système socio-économique. Mais son oeuvre se caractérise dans sa finalité, par la pureté morale : le détective est las et sceptique mais le coupable reçoit son châtiment définitif : la mort. En fait tout cela dénote du scepticisme de l’auteur envers les institutions de son pays (police, justice, argent) et pour ces raisons il a été très critiqué. Il sera même emprisonné par MC Carthy. Par son contenu social démystificateur et violent il s’inscrit dans la tradition de la littérature populaire des "Mystères de Paris" à "Fantômas". Le détective bien qu’il parle peu et n’en dise rien, ne se satisfait pas de l’arrestation d’un meurtrier. Il a, envie de changer quelque chose, peut-être sa vie. Attention danger !
1929 La moisson rouge" La description physique de Sam Spade est très précise : Il avait la mâchoire inférieure lourde et osseuse. Son menton saillait. en V, sous le V mobile de la bouche. Ses narines se relevaient en un autre V plus petit. Seuls, ses yeux gris-jaune coupaient le visage d’une ligne horizontale. Le motif en V reparaissait avec les sourcils épais, partant de deux rides jumelles à la racine du nez aquilin et les cheveux châtain très pâle, en pointe sur le front dégarni, découvrant les tempes. Il avait quelque chose d’un sympathique Méphisto blond.
Sur la porte de son agence, le nom de son associé, Miles Archer, voisine avec le sien, Sam le hait de toutes ses forces. Mais il y a plus : le détective a pour maîtresse la femme d’Archer. Ainsi, lorsque Archer est tué, Sam se lance à corps perdu dans les recherches, afin que personne n’ait l’idée de le suspecter : l’idée de finir la corde au cou ne lui plaît aucunement. Spade est ainsi impliqué dans une sordide affaire autour de laquelle gravitent différents personnages unis dans leur soif de posséder une statuette en or bourrée de pierres précieuses, le faucon maltais. Naturellement, Spade démêle cet écheveau, mais à sa manière. Non pas une loupe à la main et le manuel du parfait enquêteur dans l’autre, mais avec force coups de poing, coups de feu. poursuites dans l’obscurité des ruelles mal famées.
Sam Spade n’est pas pour autant un dur prêt à se ranger du côté des " méchants ", ou un justicier qui se moque de la loi (il ne porte jamais de pistolet sur lui, n’aimant pas les armes à feu) : lui, c’est un professionnel qui lutte contre la corruption avec obstination et courage, même s’il ressent en lui un inguérissable scepticisme. " Violent, imprévisible, déconcertant ", ainsi l’a défini Ellery Queen. : Sam Spade est un homme d’action, un dur qui déteste recevoir des coups sans les rendre, un détective qui découvre le coupable même s’il méprise le client. C’est le sauvage de San Francisco, qui ne renonce pour rien au monde à appeler un chat un chat. "
Quel est le titre de Dashiell Hammett que vous avez lu en premier et quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
La Clé de verre parce qu’un professeur de français m’avait parlé pour la première fois de Hammett au lycée. J’avais 17 ans. Trois ans plus tard, alors que je faisais mes études d’anglais par correspondance, je suis tombée sur The Glass Key en bibliothèque et je l’ai lu. Ce fut un éblouissement. Je n’ai pas tout compris mais j’ai compris que c’était ça que je voulais faire. Je veux dire, j’ai compris que j’aimais cette littérature-là . La Clé de verre reste donc mon émotion première, ma « madeleine » de Proust, le roman par quoi tout a commencé. Des années plus tard, en 1992, quand je fis la connaissance du regretté Jean-Pierre Deloux, mon ami et mentor, Moisson rouge s’est imposé, par évidence. Aussi, parce que Jean-Pierre, au fil de nos discussions, avait fini par me convaincre… Il avait raison.
Pourquoi retraduire aujourd’hui cet auteur ?
Pendant des années, j’en ai rêvé. Je travaillais pour mon DEA, puis pour ma thèse de doctorat sur Chandler et Hammett, à partir des textes américains. J’ai donc eu tout le loisir de comparer et de regretter des traductions tronquées (beaucoup de digressions « sautaient », c’est le cas, flagrant, dans The Long Goodbye de Chandler, ou bien des « phrases-clé » n’étaient tout simplement pas traduites comme par exemple dans La Clé de verre). La langue était obsolète, l’argot, dit « de la Série Noire », passait de moins en moins. Il a fallu beaucoup d’énergie(s), et pas seulement la mienne, pour que la décision de retraduire Hammett soit prise.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Ma bonne connaissance, je crois, de l’univers et de la langue de Hammett – j’avais déjà retraduit des nouvelles ainsi que sa correspondance (La mort, c’est pour les poires, aux éditions Allia) – nous a permis de trouver le juste équilibre avec Pierre Bondil, mon co-traducteur, entre notre désir de fidélité au texte d’origine et notre vÅ“u de ne pas en donner une version « post-moderne » qui aurait été ridicule. Je ne sais pas si nous avons réussi, mais nos choix de vocabulaire et de niveaux de langue ont été chaque fois pesés et discutés. L’idée était de rendre compte de son style et, je le répète, de sa langue, une langue somme toute assez classique.
Que diriez-vous à un lecteur de roman policier contemporain pour lui donner envie de lire Dashiell Hammett ?
Lui dire que lire Moisson rouge lui prouvera peut-être ce que je sais depuis maintenant trente ans : Hammett est un grand écrivain de la fiction américaine, et comme l’écrivait à ce sujet le critique Jean-Pierre Deloux : « Cela finira bien par se savoir ! »
Quel est le titre de Dashiell Hammett que vous avez lu en premier et quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
Le premier, c’était "Red Harvest", en américain donc, j’avais dix-huit ans. Je n’en avais pas gardé un excellent souvenir. Celui qui m’a le plus marqué, "Le Faucon maltais", lui aussi lu en américain, en particulier parce que j’ai découvert après avoir vu le film (v.o. sous-titrée bien sûr) que les dialogues étaient quasiment les mêmes, dénotant une fidélité au texte adapté qui, à ma connaissance, n’a pas d’équivalent à Hollywood. Ce qui en dit long sur le génie des dialogues de l’auteur. Le "Faucon" reste mon préféré à ce jour.
Pourquoi retraduire aujourd’hui cet auteur ?
Parce que pour des raisons économiques et éditoriales notamment, la première traduction était loin de respecter le texte de Dashiell Hammett (contrairement au traitement hollywoodien dont je parlais plus haut : un comble). Il en va très souvent de même pour les textes de langue anglaise parus en France avant, disons, 1975. Jetez donc un coup d’oeil croisé sur "Les Raisins de la colère" de Steinbeck, par exemple...
Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?
Pour tous les livres des vrais écrivains il y a des difficultés particulières. Rendre la tonalité, le rythme, le contenu social et politique, les sous-entendus, ne pas expliciter outre-mesure lorsqu’il y a ellipses ou allusions, respecter le travail de l’écrivain s’il parle de l’organisation sociale ou politique de son pays, de références culturelles, de lieux, de la faune et de la flore etc. toutes choses qui fréquemment nous sont inconnues. Ajoutez que ce roman a pour réputation justifiée d’avoir été novateur (parmi d’autres, mais en tête de file) : comment rester novateur, surtout au niveau linguistique, 80 ans plus tard, sans introduire des termes modernes qui n’existaient pas à l’époque, de l’argot qui n’existait pas à l’époque... une gageure.
Que diriez-vous à un lecteur de roman policier contemporain pour lui donner envie de lire Dashiell Hammett ?
Simplement d’aller en librairie, en bibliothèque, partout où on trouve des livres, et de lire le premier chapitre.
Merci, et merci à vos lecteurs et à tous les futurs lecteurs de Dashiell Hammett.
Votre nom ou pseudo : Robert
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
Tous, serait-on tenté de dire—je parle des romans, j’ai du mal avec la nouvelle—à l’exception peut être de Sang Maudit, un peu forcé, et de l’Introuvable, trop badin et boulevardier. Mais La Moisson Rouge, Le Faucon Maltais et La clé de verre sont des chefs d’oeuvres de la littérature policière, behaviouriste, mondiale, des chefs d’oeuvre, quoi !
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ?
L’exceptionnelle modernité du style, qui, du coup, n’a pas vieilli. le style est moderne, mais comme le medium—le pulp—est populaire, on y trouve pas ces experimentations qui datent irrémédiablement une oeuvre comme celle de Dos Pasos par exemple. en plus, il semblerait qu’Hemingway ce soit pas mal inspiré du style "behaviouriste" d’Hammett, qui banni tout discours intérieur, toute psychologie—la Clé de verre est un chef d’oeuvre de ce style, où chaque détail compte et où des banalités—un téléphone qui sonne et Ned Beaumont qui ne répond pas, une salade commandée dans un lounge—sont parfois plus signifiants que certaines scènes directement liées à l’intrigue.
Bref, Hammett est grand !
Votre nom ou pseudo : Catherine
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
Je ne connais pas cet auteur et je n’ai jamais rien lu de lui ! Mais ça m’intéresse de le découvrir alors merci !
Votre nom ou pseudo : Paul Maugendre
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
Le dixième indice (Denoël 1985) Peut-être parce que c’est le premier livre que j’ai lu de Dash Hammett. On m’en avait tant parlé auparavant que je n’étais pas partant. Je suis assez réfractaire par tout ce qui est trop encensé.
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ? )
Son côté sobre, dans l’écriture, car lorsque je l’ai découvert je sortais d’une longue période de romans policiers dits plutôt psychologiques, où tout était dévoilé à la fin, avec une présentation interminable des suspects. Et puis Dash brisait le rêve américain, et moi-même à cette époque traversant une période de contestation, je me retrouvais sinon dans ses écrits, dans sa façon de montrer le monde tel qu’il est, sans fioriture.
Votre nom ou pseudo : Maïté Bernard
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
Le faucon maltais
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ?
Son sens du dialogue, sa fausse froideur, sa vraie dureté
Votre nom ou pseudo : Gérard
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
La Clé de verre et Moisson rouge. Le Faucon Maltais est intéressant mais le film de John Huston est meilleur à mon avis, il est vrai que les acteurs y aident énormément.
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ?
Il a vraiment commencé a nous montrer un monde tel qu’il était à ce moment là . C’est le début du véritable roman hard boiled. Sa vie aussi est également intéressante.
Votre nom ou pseudo : Bernard Daguerre
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ?
la clef de verre : à cause de l’apparente fragilité du héros et cette manière à nulle autre pareille de raconter une histoire de gansgter qui est aussi une histoire d’amour.
La Moisson rouge : une ville mise à feu et à sang, victime de la corruption publique et des vices privés de ses élites, racontées avec une exceptionnelle décontraction. Ce livre est vraiment le roman fondateur du polar américain.
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ?
Le caractère mordant, sec, ramassé de ses romans (à l’exception notable de l’Introuvable). La décontraction de ses héros, les aarchétypes qui sont attachés à son oeuvre : les détectives dur à cuire, les sentiments des personnages qui ne sont jamais montrés, les femmes fatales qui ne le sont pas.
et à mon avis, le film qui a le mieux illustré son univers : Miller’s Crossing des frères Cohen 1990
Votre nom ou pseudo : Jean-Hugues Villacampa
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ? (en quelques lignes)
Moisson Rouge, toujours aussi moderne et toujours aussi vrai, la vraie source des Tarantino et consorts ?
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ? (en quelques lignes)
Des personnages immenses que l’on est incapable de décrire à la fin du livre. Une sécheresse d’écriture, un tumulte revigorant dans l’action...
Votre nom ou pseudo : cynic63
Quel est le titre qui vous a le plus marqué ? (en quelques lignes)
Au risque de ne pas être très original : "Le faucon maltais". Je vais me replonger dans les nouvelles traductions. Sans problème.
Quelques nouvelles aussi comme l’excellente "Cauchemar ville" (Nightmare town), très cinématographique ou l’autobiographique "Vacances" pour saisir le personnage..
Que retenez-vous de l’oeuvre de Dashiell Hammett ? (en quelques lignes)
Une écriture moderne, qui va à l’essentiel, des descriptions efficaces car rapides et concises. Un style qui laisse le lecteur chercher par lui-même et qui ne lui impose rien. Des personnages typés, quoique pas toujours aussi univoques qu’on le dit, et un sacré sens de la formule dans les dialogues.