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Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ?.
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Chômeurs, qu’attendez-vous pour disparaître ?
Préambule par Jean-Jacques Reboux
Mise en ligne le Avril 2007 | 663 visites envoyer l'article par mail title= envoyer par mail à un ami

Ce livre paraît à un moment crucial de la vie politique française, dans le contexte d’une campagne présidentielle qui ne ressemble à nulle autre.


Ce livre est né sous le double signe du hasard et de la nécessité. Au départ, un constat : depuis la fin des « Trentes Glorieuses » et du plein emploi, les gouvernements de tout bord ont fait de la lutte contre le chômage une de leurs priorités récurrentes, avec les réussites que l’on sait. Avec le gouvernement Villepin, la pression a monté d’un cran. La baisse des statistiques du chômage est devenue un enjeu électoraliste primordial, induisant une intoxi-cation médiatique sans précédent. À défaut de trouver du travail à des chômeurs de plus en plus démunis, abattus, stigmatisés, et de s’attaquer un tant soit peu à certaines causes structurelles du chômage – ou d’avouer qu’il n’y peut pas grand-chose –, le gouvernement s’attaque aux chômeurs. La convocation arbitraire du 13 décembre 2005, sans laquelle ce livre n’aurait jamais existé – voilà pour le hasard –, n’étant que l’une des nombreuses illustrations de cette « offensive » tous azimuts, ici dénoncée – voilà pour la nécessité.

La réalisation de ce livre improbable, aléatoire, fut compliquée, – publier un tel ouvrage n’est jamais facile, surtout lorsqu’on est une petite maison d’édition naissante, soumise aux aléas de plus en plus ravageurs des circuits de distribution du livre.

Et pourtant, quinze mois plus tard, le livre est là, et bel et bien là, avec sa richesse, sa diversité, les textes théoriques les plus pointus côtoyant les témoignages, les coups de gueule les plus poignants.

Paroles de chômeurs, énervés, enragés, révoltés contre la relation de subordination et de soumission à l’autorité qui les relie de plus en plus à l’ANPE.

Paroles d’employés de ladite agence, écœurés par le rôle répressif qu’on veut leur faire jouer, soumis aux impératifs de rendement, de plus en plus aberrants, des récentes politiques publiques de l’Emploi, et eux-mêmes de plus en plus souvent précarisés.

Paroles, enfin, de syndicalistes, de sociologues, d’historiens, de citoyens ne se résignant pas au renoncement face à la violence – la vraie, beaucoup moins visible et spectaculaire que celle qui em-brasa les banlieues en octobre 2005, mais tellement plus insidieuse et ô combien plus méthodique : – celle de l’État, de ses représentants officiels, de ses alliés subjectifs, Medef, spéculateurs, adulateurs de la nouvelle religion du profit.

Ce livre paraît à un moment crucial de la vie politique française, dans le contexte d’une campagne présidentielle qui ne ressemble à nulle autre. Entre les candidats de l’extrême droite xénophobe pour qui les immigrés sont responsables de tous les maux, la candidate de la gauche socialiste dont on espère des propositions sociales qui nous fassent un peu rêver et le très inquiétant candidat de l’UMP, dont le discours social, placé sous le double signe de la célébration néo-pétainiste de la « valeur travail » (pour ceux qui en ont) et de la « remise au pas » (pour ceux qui n’en ont pas – et gare à ceux qui ne seraient pas décidés à rentrer dans le rang !), est en parfaite symbiose avec le récent « Livre blanc » de son alter ego la pédégère du Medef Laurence Parisot, au titre évocateur : Besoin d’air, il n’aura échappé à personne que la campagne présidentielle s’annonce périlleuse à plus d’un titre.

Il n’est pas interdit d’espérer : et si la parole des chômeurs, acteurs isolés, écartés de la vie sociale, mais force politique non négligeable, faisait poids dans le débat ?

Ce livre en fait, fort modestement, le pari. En donnant aux chômeuses et aux chômeurs, gens discrets, invisibles, souvent réduits à de la purée de statistique, une part de ce qui leur revient de droit mais leur est sans cesse confisqué : la parole.

Depuis le lancement de ce projet, j’ai été en contact avec des dizaines et des dizaines d’entre eux/elles, grâce à Internet (il est important de signaler qu’il y a encore dix ans un tel livre n’aurait pas été réalisable). S’en sont suivis de multiples échanges, souvent inattendus, parfois déboussolants, joyeux. Certain(e)s m’envoyant (en s’excusant, souvent) leur CV, criant leur colère, leur détresse, leur révolte.

Le drame dans le chômage, au-delà de la précarité, c’est aussi le sentiment de solitude qu’il procure, de mise à l’écart, et j’ai pu constater, au fil de ces échanges d’une incroyable richesse, combien il y avait un besoin, une attente : c’est ce à quoi s’efforce de répondre ce livre. Un regret cependant, de n’avoir eu aucune nouvelle des 56 chômeurs présents le jour de la fameuse convocation au « stage du lendemain » qui mit le feu aux poudres. J’espère que la parution de ce livre permettra de réparer ce manque.

Merci, donc, à tou(te)s ces inconnu(e)s qui m’ont confié leur témoignage – tous n’ont pas pu être repris ici. Le plus poignant d’entre eux, une nouvelle n’ayant qu’un lointain rapport avec le chômage, trop longue pour être publiée ici, paraîtra dans cette même collection en 2008. Même élan du côté des employés de l’ANPE, contraints, à cause du fameux « devoir de réserve » (à l’exception de Fabienne Brutus, auteure d’un brûlot qui fit grand bruit l’an passé, et de quelques syndicalistes), de témoigner sous le couvert de l’anonymat. Ce qui ne manque pas, naturellement, de poser quelques questions sur cette administration qui ne supporte pas que la vérité sur son fonctionnement soit livrée aux citoyens de notre pays.

Une vérité que nous avons essayé de cerner, sous trois angles : les conditions de travail dans les agences locales, les politiques publiques de l’Emploi et du « traitement » du chômage, et enfin, l’incroyable intoxication médiatique qui accompagne la publication des statistiques du chômage.





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